Le Tribunal de commerce de Paris a décidé ce matin de placer l’opérateur Kosc Telecom en redressement judiciaire assorti d’une période d’observation de six mois. Un administrateur judiciaire a été désigné avec pour mission d’organiser rapidement un appel d’offre invitant les repreneurs potentiels à se positionner soit dans le cadre soit d’un plan de cession d’actifs, soit dans celui d’un plan de continuation. Pour rappel, Kosc avait déposé la semaine dernière un dossier de cessation de paiements auprès du Tribunal de commerce.

Si cette procédure de redressement judiciaire marque l’échec du processus de vente engagé en septembre sous le mandat de la banque Rotschild, c’est néanmoins une bonne nouvelle pour les quelque 60.000 entreprises raccordées au réseau Kosc (représentant 65.000 lignes actives), qui risquaient d’être brutalement privées de services en cas de liquidation. « La décision du tribunal de commerce d’accorder le redressement judiciaire signifie qu’il a eu l’assurance que les activités seraient financées pendant la durée de la procédure », souligne Antoine Fournier, son directeur général.

Une garantie qui n’allait pas de soi compte-tenu des montants en jeu. En effet, l’activité de Kosc a la particularité d’être en forte croissance – l’opérateur a établi un nouveau record de commandes en octobre – et de ne pas encore s’autofinancer. Entre les salaires et le coût de l’infrastructure – répartie sur quelques 1.000 sites –, Kosc a dû sanctuariser plusieurs millions d’euros pour assurer la continuité de son exploitation au cours des six prochains mois. Cela n’a pas été sans un nouveau bras de fer entre actionnaires et il a fallu que les pouvoirs publics tapent du poing sur la table pour mettre tout le monde d’accord.

Le redressement judiciaire va surtout permettre d’aller au bout du processus de reprise pour Kosc en autorisant un effacement total ou partiel de sa dette. Une dette qui a probablement été le point d’achoppement majeur dans l’échec du processus de vente. Estimée à près de 50 M€, celle-ci est constituée pour plus de la moitié des 25 millions d’euros de factures contestées – et objet de contentieux – de SFR. Plusieurs candidats ont déjà manifesté leur intérêt dans le cadre la mise en vente de l’entreprise en septembre. Mais aucun n’a déposé d’offre ferme. Tous attendaient que s’ouvre la procédure collective. L’administrateur ne devrait donc pas manquer d’offres, d’autant que de nouveaux candidats se sont déclarés ces derniers jours alors que la perspective de la procédure collective se précisait.

L’enjeu pour Kosc dans l’immédiat va être de réaccélérer sa dynamique de croissance sans attendre l’issue du processus de reprise. Certes, l’activité a continué à croître ces derniers mois mais, comme le reconnaît Antoine Fournier, l’opérateur a pris du retard sur son business plan. « On a continué d’enregistrer de la croissance sur les produits existants, à savoir : la fibre Pro et le DSL, sur lesquels on a fait nos preuves, mais les clients ont adopté une position d’attente sur les nouveaux produits, notamment la fibre dédiée. Le démarrage industriel n’a pas eu lieu tant que notre situation actionnariale n’était pas clarifiée ».

Antoine Fournier est confiant pour la suite : « Kosc a le soutien des différentes associations d’opérateurs (notamment le CRDT, et l’InfraNum), et d’associations telles que l’Avicca, qui n’ont cessé de se mobiliser pour qu’il puisse continuer de produire son offre de connectivité sous forme service [Connectivity as a service ou CaaS], estime-t-il. Une offre essentielle au développement du marché français des infrastructures digitales que Kosc est le seul à leur fournir », conclut-il.