Gilles Knoery, directeur général de Digora, revient sur les facteurs de la croissance exceptionnelle enregistrée par le groupe en 2017 et sur ses perspectives à court terme.

Channelnews : Digora a annoncé un chiffre d’affaires en croissance de plus de 50% en 2017 à près de 33 M€ de chiffre d’affaires, contre 21 M€ en 2016. Comment s’explique cette accélération subite de votre croissance ?

Gilles Knoery : C’est essentiellement dû au bond de notre activité distribution qui a progressé de plus de 100% à 19,4 M€. Orientée historiquement à 95% Oracle, c’est une activité relativement erratique dont on ne maîtrise pas l’évolution. 2017 a été une grosse année sur le plan des ventes de licences mais aussi sur le plan des souscriptions Cloud (qui ont généré plus de 2,5 M€ de revenus). Mais il faut être prudent. On ne sait pas si ces souscriptions vont être réellement utilisées et si cet effet Cloud sera durable. On constate juste qu’en ce moment toutes les affaires Oracle sont impactées par le Cloud.

Comment s’est comportée votre activité services ?

Gilles Knoery : Elle a bien progressé, autour de 12%. Notre activité récurrente de services managés qui représente un peu plus de la moitié de nos facturations services a progressé de 10%. Cette activité, qui a rapporté 7,4 M€ en 2017, bénéficie des outils et des méthodes développés par notre R&D. Grâce à ces développement nous sommes en mesure de faire fonctionner des architectures logicielles complexes de manière complètement prédictive. Nous gérons ainsi 4.500 éléments dont 2.000 bases de données. Dans la même logique, on a développé des outils pour s’assurer que les données produites par les réseaux d’objets connectés remontent bien dans les bons dossiers. On a signé notre premier dossier fin 2017 avec Sorepol, pour lequel on a conçu une application de suivi de ses bassins de décantation. Notre activité conseil a progressé de 15% à 6 M€.

Comment voyez-vous la suite ?

Gilles Knoery : On est très optimistes pour notre activité à court terme. La transformation cloud de nos clients nous conduit à étendre notre périmètre d’intervention. Alors que notre valeur ajoutée se situait jusqu’à présent dans notre proximité clients et notre expertise dans l’administration de leurs bases de données, les clients nous sollicitent de plus en plus sur leurs problématiques d’infrastructure, mais aussi de sécurité, etc. Par exemple, à la faveur du renouvellement de leurs infrastructures sur site, ils nous interrogent sur l’opportunité de racheter de nouvelles machines ou d’utiliser des ressources externalisées dans le Cloud. On réalise actuellement une bonne part de notre activité de conseil là-dessus. Du coup, dans un certain nombre de cas, les clients décident de porter une ou plusieurs applications dans le Cloud. C’est ainsi qu’on a mené nos premiers projets de cloud en 2017. Ces clients dont on installe les applicatifs dans le Cloud, on leur met alors en place des contrats de services calés sur leurs métriques cloud. Le Cloud va être de plus en plus intégré aux contrats de services managés. Néanmoins cela reste très complexe.

En quoi ?

Gilles Knoery : En pratique, rien n’est simple. C’est très difficile par exemple de prédire le coût d’utilisation des services cloud, notamment IaaS. Il n’existe pas de place de marché universelle qui sache provisionner automatiquement les IaaS des uns et des autres. Les API des grands fournisseurs de services Cloud sont mouvantes et moyennement documentées. Les factures sont emminement variables. Et chez un même fournisseur de Cloud, plusieurs socles techniques et contractuels peuvent coexister. C’est le cas par exemple chez Oracle, dont les fameux crédits universels s’appuient sur un Cloud v2 très différent du Cloud v1. D’une manière générale, il y a un gros enjeu sur l’administration des services cloud. Les grossistes ont probablement un rôle important à jouer en la matière. On attend d’eux qu’ils arrivent au bout du développement de leurs énormes places de marché censées permettre à terme de provisionner et facturer simplement les ressources multicloud attendues par les clients.