Sollicitée comme jamais par ses quelque 2000 adhérents, la Fédération Eben est en première ligne pour les aider à faire face à leurs difficultés du moment. Eben les accompagne dans la mise en place du dispositif d’activité partielle et dans leurs demandes de prêts garantis par l’Etat. Le point avec Delphine Cuynet.

Channelnews : La Fédération des entreprises du bureau et du numérique que vous dirigez, est l’une des principales organisations professionnelles dans le domaine de l’IT avec ses 2.000 adhérents – dont une proportion importante de revendeurs et de petites et moyennes sociétés de services – et ses quelque 10.000 entreprises représentées. L’une des missions de votre organisation est d’apporter un support juridique à ses membres. La crise a dû faire exploser les sollicitations des entreprises pour les aider à s’y retrouver dans l’écheveau juridique bâti par le gouvernement ?

Delphine Cuynet : En effet, depuis le début de la crise, nous réalisons en moyenne 150 consultations juridiques par semaine, soit l’équivalent chaque semaine de ce que nous faisions auparavant en quatre ou cinq mois. Durant les trois premières semaines de confinement, des ordonnances, arrêtés ou instructions sont parus quasiment tous les jours. Nous avons dû faire un travail important d’analyse et de décryptage de ces textes pour que nos adhérents puissent les mettre en application.

Channelnews : D’une manière générale, sur quels sujets votre service juridique a été le plus consulté ?

Delphine Cuynet : Nous avons accompagné les adhérents sur la mise en place du dispositif d’activité partielle. Nous avons eu beaucoup de questions sur l’articulation activité partielle/télétravail et sur le calcul de l’indemnité d’activité partielle pour les commerciaux… Nous avons aussi été très consultés sur les prêts garantis par l’Etat, sur le fonds de solidarité et sur l’étendue et sur la limite de la responsabilité de l’employeur vis-à-vis des salariés pour assurer leur sécurité et leur santé physique et mentale. Ainsi, il n’incombe pas à l’employeur de garantir l’absence de toute exposition des salariés à des risques mais de les éviter le plus possible et, s’ils ne peuvent être évités, de les évaluer régulièrement en fonction notamment des recommandations du gouvernement. Dans le cadre du Covid-19, les mesures nécessaires sont celles préconisées par le Gouvernement, en particulier les mesures prises pour respecter les gestes barrière et les règles de distanciation. À noter que la Fédération Eben a fait la demande aux pouvoirs publics de voir la responsabilité pénale de l’employeur expressément limitée dans la période actuelle à une obligation de moyen.

Channelnews : Savez-vous combien de vos adhérents ont fait des demandes d’activité partielle et quelle proportion de leurs salariés cela concerne ?

Delphine Cuynet : Nous venons de réaliser une enquête auprès de nos adhérents qui a obtenu plus de 200 réponses. On constate à la lecture des résultats que 96% des adhérents ont (ou comptent avoir) recours au dispositif d’activité partielle et qu’à ce jour, toutes les demandes ont été acceptées. En moyenne, ce sont 60 à 70% des effectifs qui sont mis au chômage partiel.

Channelnews : Savez-vous si la crise a déjà eu un impact sur le chiffre d’affaires de vos adhérents ?

Delphine Cuynet : Oui. Selon notre enquête, seulement 10% des entreprises n’ont pas subi de perte de chiffre d’affaires. Plus de 50% ont constaté une baisse comprise entre 0 et 50% de leurs revenus au mois de mars et 36% ont subi plus de 50% de baisse.

Channelnews : L’une des grandes inquiétudes des entreprises – notamment les plus petites – lors de périodes comme celles-ci concerne les retards de paiement de leurs clients. Savez-vous ce qu’il en est pour vos adhérents ? Vous ont-ils remonté des cas de donneurs d’ordre cessant ou retardant leurs paiements ?

Delphine Cuynet : Notre enquête montre que plus de 80% des répondants déclarent subir des retards de paiement de la part de leurs clients (en majorité avec des grands comptes du secteur privé qui ont bloqué tous leurs règlements). C’est une difficulté tout aussi dangereuse que la baisse du chiffre d’affaires qui peut mettre à mal leur trésorerie et ­conduire nombre d’entre elles à mettre la clé sous la porte. Vous noterez que dans notre enquête, 28% des adhérents déclarent craindre la faillite de leur entreprise. L’État a mis en place diverses mesures pour éviter les faillites : report des échéances sociales et fiscales, garantie des crédits… C’est pourquoi nous appelons les entreprises à respecter les échéances et à maintenir leurs engagements contractuels auprès de leurs fournisseurs, afin que chacun puisse rebondir après cette crise sanitaire.

Channelnews : Avez-vous eu connaissance d’adhérents ayant eu (ou prévoyant d’avoir) recours à ces formules de type prêts garantis par l’État ? Dans quelle proportion ?

Delphine Cuynet : D’après notre enquête, 88% de nos adhérents ont fait (ou vont faire) une demande de report des charges fiscales et sociales ; 93% ont fait (ou comptent faire) une demande pour bénéficier du fonds de solidarité ; et 68% ont fait (ou comptent faire) une demande pour bénéficier du prêt garanti par l’Etat.

Channelnews : Et maintenant, que reste-t-il à faire ?

Delphine Cuynet : Depuis ce début de semaine, nos adhérents commencent à préparer et à anticiper la reprise. Certains profitent de cette période pour se former et former leurs collaborateurs. EBEN propose à ce titre des formations à distance : bureautique, Office 365, Microsoft, management à distance avec les outils du digital, prévention du stress… Beaucoup cherchent à se fournir en équipements pour protéger et assurer la sécurité des collaborateurs (masques, visières de protection, gel hydroalcoolique, écran de protection, comptoir…) et reprendre peu à peu l’activité. Pour aider nos adhérents, nous avons recensés les entreprises membres en capacité de fournir ses équipements et avons diffusé la liste à l’ensemble des adhérents. En cette période de crise, nous devons être solidaires !

Cette interview a été réalisée par mail.