Après avoir longtemps misé sur la croissance externe, Claranet France estime désormais avoir acquis les compétences et la taille critique lui permettant d’adresser de façon crédible les grands projets de transformation digitale. Explications de son PDG, Olivier Beaudet.

Channelnews : Claranet a réalisé pas moins de cinq acquisitions en l’espace de deux ans et demi (Morea, Runiso, Diademys, Aspaway, Oxalide). Mais, depuis un an, plus rien. Pourquoi ce coup d’arrêt ?

Olivier Beaudet : C’est délibéré. L’enjeu de ces acquisitions était d’atteindre la taille critique et d’étendre notre palette de services pour tenir compte de l’évolution du marché et l’adresser dans toute sa complexité. Ces objectifs sont aujourd’hui atteints. Nous avons dépassé les 100 M€ de chiffre d’affaires annuel en rythme de croisière et nous avons désormais plusieurs cœurs d’activité se répondant les uns aux autres et qui nous permettent d’adresser des marchés – je pense notamment aux entreprises du CAC 40 – que nous n’étions pas en mesure d’adresser auparavant. Ensuite, il nous reste encore du travail d’intégration, notamment pour finaliser la fusion des back-office et des entités juridiques.

Channelnews : Le marché a évolué, disiez-vous. Concrètement, qu’est-ce qui a changé et comment cela s’est traduit sur votre positionnement ?

Olivier Beaudet : Il y a encore trois ans, les applications Web étaient traitées séparément du reste du système d’information. Elles étaient en quelque sorte détourables. Claranet se positionnait sur ce marché de niche en tant qu’hébergeur d’applications Web critiques. Aujourd’hui, Claranet a un positionnement généraliste. Les entreprises sont dans une logique d’adaptation de leurs applications historiques pour les rendre compatibles avec le Cloud public. Cela suppose de maîtriser de multiples expertises. Il faut notamment être capable de fournir du conseil en amont puis de transformer et migrer ces applications avant de les opérer. C’est ce que l’on a constaté sur les grands appels d’affres ces derniers mois. Aujourd’hui, les clients attendent que nous soyons capables d’adresser leurs projets de transformation numérique dans leur globalité en les accompagnant sur ces trois pans d’activité. Nous avons monté une offre à cet effet, baptisée Go to Cloud, qui s’appuie sur une équipe d’une quarantaine de personnes dont le rôle est de faire en sorte que le système d’information des clients soient plus automatiques et plus agiles quel qu’en soit l’environnement.

Channelnews : Pourriez-vous nous donner un exemple de projet global de transformation numérique ?

Olivier Beaudet : Nous avons récemment signé un contrat avec Nexity qui a décidé de fermer ses deux datacenters et de migrer ses 300 applications vers le Cloud. Nous avons témoigné ensemble sur ce projet au dernier AWS Summit.

Channelnews : Quel est désormais l’effectif de Claranet en France et comment est-il réparti ?

Olivier Beaudet : Claranet compte désormais près de 560 collaborateurs en France. Une large proportion est en région parisienne (soit environ 320 personnes). Mais nous avons aussi de gros contingents à Rennes (160 personnes) et Lille (70). Ces présences à Rennes et à Lille sont un héritage de nos différentes acquisitions. Mais elles représentent aujourd’hui un véritable enjeu stratégique car le recrutement y est moins tendu qu’en région parisienne. On trouve sur place un bon pool de talents et d’ingénieurs. Nous avons donc vocation à continuer à y recruter des experts techniques en mettant en avant la qualité de nos projets et la qualité de vie. Ainsi, nous avons quasiment doublé les effectifs sur le site de Lille depuis le rachat de Runiso en 2015. On triple d’ailleurs la surface de nos bureaux en emménageant dans des locaux neufs, toujours à Euratech, ce mois-ci. Même démarche à Rennes où on construit un deuxième bâtiment de 1.500 m2 avec pour objectif de doubler l’effectif sur place.

Channelnews : Avez-vous assigné des spécialités à chaque site a-t-il ou s’agit-il d’agences de proximité plus ou moins généralistes ?

Olivier Beaudet : Lille abrite nos plateformes critiques (PCI-DSS ; HADS) et notre pôle cybersécurité et notre pôle data critiques (projets bid data). Rennes est le siège de notre usine digitale tandis que les équipes systèmes, devops et Cloud public sont plutôt regroupées sur Paris.

Channelnews : Le rachat de Morea en 2005 vous avait permis de mettre un pied dans le Cloud public grâce au partenariat fort que la société entretenait avec Amazon Web Services. Qu’en est-il aujourd’hui ? Avez-vous poursuivi dans cette voie ?

Olivier Beaudet : Oui. Nous avons persévéré avec AWS mais en complétant avec la compétence Azure dont nous avons acquis la certification en mars dernier et qui s’est très clairement imposé juste derrière AWS sur les projets de migration. Nous avons également adopté Google, qui représente une alternative aux deux premiers. Enfin, on opère également sur le cloud OVH.

Channelnews : Mais au final, le Cloud public n’a-t-il pas tendance à réduire vos débouchés sur votre métier historique d’hébergeur-infogéreur ?

Olivier Beaudet : Non, on continue d’étendre nos infrastructures. Le Cloud public, c’est même plutôt une oppotunité pour nous. Certes une partie de notre marché naturel, les applications externalisées, part dans le Cloud. Il y a donc une érosion de ce côté. Mais en parallèle, l’avènement du Cloud public a pour effet de pousser les entreprises à externaliser de plus en plus les applications qu’elles hébergeaient jusque-là en interne. On enregistre donc une expansion sur un marché qui nous échappait jusque-là.

Channelnews : Quelle a été votre croissance sur l’exercice achevé le 30 juin et quelle est la tendance pour le suivant ?

Olivier Beaudet : On devrait terminer notre exercice sur un chiffre d’affaires de 97 M€ en croissance organique de 11%. Pour le prochain exercice, on prévoit +15% car on a embarqué sur le dernier exercice plusieurs gros contrats (en millions d’euros) qui vont se déployer sur l’exercice en cours.