OpenAI a annoncé vendredi une levée de fonds record de 110 milliards de dollars, le plus grand tour de financement jamais réalisé par une entreprise technologique non cotée. Cette opération s’inscrit dans une stratégie de renforcement massif de son infrastructure, de son écosystème de partenaires et de sa capacité à déployer des technologies d’intelligence artificielle à grande échelle.

Ce mégatour résulte d’engagements stratégiques de géants industriels prêts à aligner capital et infrastructures IA. À sa tête, Amazon s’engage à hauteur de 50 milliards de dollars, dont 15 milliards débloqués immédiatement et 35 milliards supplémentaires sous conditions progressives. Nvidia et SoftBank Group complètent le tour avec chacun 30 milliards de dollars. Ces engagements portent la valorisation pré-money d’OpenAI à environ 730 milliards de dollars, avec une valorisation post-money susceptible d’atteindre 840 milliards de dollars une fois la levée finalisée.

L’accord avec Amazon s’accompagne d’un partenariat industriel et cloud renforcé, après le contrat cloud géant déjà négocié en novembre dernier. AWS devient distributeur cloud tiers exclusif de la plateforme d’entreprise OpenAI Frontier, et OpenAI s’engage à consommer environ 2 gigawatts de capacité Trainium via l’infrastructure AWS. Les deux groupes développeront aussi un environnement d’exécution “Stateful Runtime” pour faciliter le déploiement d’applications IA complexes via Amazon Bedrock, tout en co-créant des modèles personnalisés pour des usages grand public et entreprises.

Du côté de l’infrastructure matérielle, les engagements de Nvidia s’inscrivent dans un cadre élargi d’accès à des capacités dédiées d’inférence et d’entraînement (telles que 3 GW et 2 GW sur les futurs systèmes Vera Rubin), renforçant l’accès aux puces haut de gamme nécessaires pour maintenir et accélérer l’entraînement des grands modèles.

Historiquement lié à Microsoft, OpenAI a toutefois maintenu l’intégrité de ce partenariat dans le cadre de ce nouveau tour de table. Dans un communiqué conjoint, Microsoft et OpenAI ont rappelé que rien dans ces annonces ne modifie les termes de leur collaboration antérieure, ouverte en 2019 et réaffirmée dans un accord d’octobre 2025 qui prévoit des droits de licence exclusifs sur la propriété intellectuelle et l’hébergement des API sur Azure. Microsoft reste ainsi un acteur central de l’écosystème OpenAI, même s’il n’a pas participé directement à cette levée de fonds.

Cette injection colossale de capitaux répond à une demande qui ne cesse d’accélérer. OpenAI revendique plus de 900 millions d’utilisateurs hebdomadaires de ChatGPT, ainsi que plus de 50 millions d’abonnés payants, et étend ses ambitions vers les entreprises avec déjà 9 millions d’utilisateurs payants. Les fonds seront employés pour financer des capacités de calcul à grande échelle et soutenir le développement de nouvelles générations de modèles et de services IA.

Une levée devenue indispensable pour éviter une sortie de route, alors qu’OpenAi dépense sans compter – avec 218 Md$ d’investissements prévus entre 2026 et 2029 selon The Information – alors que ses pertes se creusent et pourraient se chiffrer à 14 Md$ en 2026 et 44 Md$ sur la période 2023-2028. Les ambitions de la startup sont tout aussi démesurées. Selon CNBC, OpenAI viserait un chiffre d’affaires dépassant les 280 Md$ en 2030, soit plus que les 215 Md$ engrangés par Nvidia sur son dernier exercice.

Au final, ce tour de table de 110 milliards de dollars ne se limite pas à un record financier. Il redessine la géographie stratégique de l’intelligence artificielle, en multipliant les points d’ancrage industriels d’OpenAI. Ce rééquilibrage intervient avant une possible introduction en bourse, non officialisée mais attendue avant la fin 2026, avec laquelle OpenAI viserait une valorisation de 1.000 milliards de dollars.