À quelques jours de prendre sa retraite (31 janvier) et après une carrière de 40 ans dans le channel IT, Didier Comet, directeur général au sein du Groupe OCI a accepté de revenir pour Channelnews sur les étapes clés de son parcours et sur sa vision du métier. Sa manière à lui de faire ses adieux au marché et de témoigner sa gratitude à tous ceux qui l’ont accompagné pendant toutes ces années.

Channelnews : Comment vous êtes-vous retrouvé dans le secteur de l’IT ?

Didier Comet : Alors que je m’apprêtais à démarrer des études de droits en vue de devenir avocat, j’ai vu débarquer, en 1983 – tout cela ne nous rajeunit pas ! –, dans l’entreprise familiale, l’un des premiers IBM PC. J’ai tout de suite compris que cet équipement « tout en un » allait changer le monde et disrupter les usages. J’ai fermé les bouquins de droit et me suis dirigé vers un cursus informatique. J’ai ensuite intégré l’un des premiers partenaires IBM de la région bordelaise et me suis spécialisé dans la transformation des usages des métiers de la finance grâce aux premiers tableurs (Multiplan, Visicalc, Lotus 123 😂 …). J’ai vite compris qu’il devenait indispensable de faire communiquer les PC entre eux, je me suis alors spécialisé dans l’ingénierie des réseaux (Token-Ring, émulateurs, Novell …)

Channelnews : Qu’est-ce qui explique selon vous votre succès et votre longévité dans ce métier ?

Didier Comet : Nous sommes dans une industrie en mouvement permanent, et ce n’est rien de le dire actuellement ! C’est un métier de passionnés qui nécessite une forte adaptabilité – je cite souvent Darwin – tout en maîtrisant le just in time. La magie de ce métier est qu’on ne voit pas le temps passer, heureusement que les tempes grises nous rappellent à l’ordre !

J’ai eu la chance de vivre 5 révolutions technologiques majeures : l’émergence du PC en 1983 suivi de très près par l’apparition des réseaux en 1987 ; les débuts de la téléphonie mobile en 1993 ; l’arrivée d’internet, bien sûr, dès 1994 – avec un must have : disposer d’une connexion à 64 Kb/s et afficher son adresse mail sur sa carte de visite ! – ; le Cloud ; et enfin la démocratisation de l’intelligence artificielle en 2022 avec l’arrivée des fameux LLM. J’ai toujours considéré ces révolutions comme de magnifiques opportunités permettant de développer des offres à valeur ajoutée, souvent génératrices de récurrence.

Channelnews : Avez-vous déjà eu le sentiment au cours de votre carrière d’être arrivé au bout d’un cycle et d’avoir dû vous réinventer ?

Didier Comet : Jamais car j’ai toujours pensé que les « anciens métiers » nous permettaient d’assurer le quotidien tout en nous permettant de préparer et envisager le coup d’après. Je peux illustrer mon propos avec Office 365 (ex-BPOS). Les business models de l’époque reposaient sur les modes transactionnels et projets. Nous avons anticipé la vague OPEX en industrialisant à outrance le modèle BPOS 24 mois avant son arrivée en France et ce fut un grand succès qui nous a permis de prendre énormément d’avance. Notre métier interdit toute pause technologique ; les cycles que nous vivons actuellement sont très intenses et de plus en plus rapprochés.

Je ne dirais pas que nous nous sommes réinventés mais plutôt que nous nous sommes en permanence adaptés aux nouveaux marchés.

Channelnews : Quel(s) conseil(s) donneriez-vous à un jeune souhaitant se lancer dans l’entrepreneuriat dans le secteur du numérique ?

Didier Comet : Il n’y a rien de pire que les conseils des « anciens » à destination des jeunes et en particulier de notre Gen Z si créative et intuitive ! Pour autant je suis convaincu que les fondamentaux traversent les générations et perdurent. Je pense notamment à la nécessité de bâtir des business plans réalistes, s’assurer que « l’idée » est en adéquation avec le marché et qu’elle sera pérenne. Un business model basé sur l’abonnement (ACR) est sans nul doute le standard de fait. J’enfonce une porte ouverte, mais l’IA bouleverse tous les métiers et tous les secteurs à un rythme effréné et inédit. Démarrer une structure basée sur une innovation de rupture qui viendrait en remplacement d’un métier traditionnel me paraît être une bonne piste.

Channelnews : Comment voyez-vous votre profession dans dix ans ?

Didier Comet : Nos entreprises et leurs collaborateurs seront augmentés à grand coup d’IA. Tous les pans de nos activités seront (à) reconsidérés ; je pense notamment aux services clients, avec le selfcare ; au développement applicatif, avec la génération de code ; à la cyber, dopée à l’IA ; aux data, qui augmentent à vitesse exponentielle ; aux nouvelles interfaces homme/machine ; à la modernisation/conteneurisation des applications…

L’Europe semble découvrir son déficit en matière de souveraineté. Il est fort probable qu’un recentrage vers des technologies et une industrie numérique européenne soit générateur de belles opportunité business.

Même si cela peut paraître anachronique aux yeux de certains, je reste convaincu que les grossistes et à fortiori les grossistes à valeur ajoutée seront les incontournables des années à venir et que leurs missions d’évangélisation et d’accompagnement des ESN seront de plus en plus confortées.

J’observe depuis 40 ans les grands mouvements de notre industrie et je constate que des cycles se sont installés, comme par exemple la centralisation -décentralisation, l’externalisation-internalisation …  Même si l’IA bouleverse et bouleversera tout, je pense que nous continuerons à observer ces différents cycles sur lesquels viendront se greffer de nombreuses technologies de plus en plus intelligentes. Ne dit-on pas qu’ « il faut que tout change pour que rien ne change » ?

Channelnews : À l’heure de la retraite, dans quelle mesure avez-vous préparé votre départ ?

Didier Comet : Je prépare mon départ depuis 18 mois en transmettant mes différentes prérogatives à mes collègues du ComEx ainsi qu’aux différents directeurs et responsables de BU. La transmission est une notion très enrichissante et l’une des plus belles contributions que l’on peut laisser derrière soi. Je mesure l’efficacité de cette transmission à la réduction progressive du nombre de mails reçus ! Et aux initiatives d’amélioration déjà engagées par mes successeurs.

Channelnews : Comment voyez-vous l’avenir de votre entreprise sans vous ?

Didier Comet : Le Groupe OCI regorge de personnes expérimentées et talentueuses à commencer par mes collègues du ComEx, que je m’apprête à quitter non sans regret. L’adage « nul n’est indispensable » prend tout son sens surtout lorsqu’il est associé à une transmission réussie.

Channelnews : En 2019, deux ans après avoir racheté Pentasonic, vous aviez fait le choix d’adosser votre entreprise historique, Scriba, au Groupe OCI. Pourquoi ce choix et, près de sept ans plus tard, quel bilan faites-vous de cette opération ?

Didier Comet : C’est un choix que nous avons fait avec mon associé, Jérôme Faucher, avant tout pour anticiper notre départ à la retraite, tout en sécurisant l’avenir de nos équipes. Dans un contexte de concentration du marché, et qu’il était devenu nécessaire de trouver un projet industriel structurant pour permettre aux collaborateurs – dont beaucoup sont présents depuis plus de vingt ans – de continuer à se projeter et à s’épanouir dans le métier. Le rapprochement avec le Groupe OCI répondait précisément à cet objectif : donner une trajectoire et une capacité de développement à long terme.

Avec le recul, je juge ce choix totalement pertinent. Sept ans après, non seulement l’adossement a tenu ses promesses, mais il m’a offert, à titre personnel, une « seconde jeunesse » professionnelle en participant activement à la construction d’un groupe IT de premier plan, porté par une vision claire, une ambition et un cap stratégique et non par une simple logique d’agrégation financière. Je considère cette dernière étape de carrière comme une très belle expérience.

 

Bio

1983 : cursus informatique après avoir envisagé des études de droit

1999 : Reprise de la direction opérationnelle de Scriba avec Jérôme Faucher. Développement du portfolio avec une forte orientation services et récurrence

2016 : Rachat de Pentasonic afin de poursuivre le développement géographique déjà entamé

2019 : Rapprochement avec OCI – membre du ComEx OCI

2026 : départ à la retraite