Le contrat liant le ministère de l’Éducation nationale à Microsoft va finalement se poursuivre jusqu’en 2029. Selon des informations révélées par Mediapart, la Rue de Grenelle a décidé d’activer l’extension prévue dans l’accord-cadre signé au printemps 2025. Celui-ci prévoyait un engagement ferme de douze mois, assorti de la possibilité d’une reconduction pour trois années supplémentaires. C’est cette prolongation qui vient désormais d’être confirmée par le ministère.
Au total, l’enveloppe maximale du marché pourrait atteindre 152 millions d’euros hors taxes. L’accord couvre l’ensemble des ministères rattachés au périmètre éducatif – éducation nationale, enseignement supérieur et recherche, jeunesse et sports – et permet de continuer à utiliser les logiciels de l’éditeur américain, notamment Windows et la suite bureautique Office. Près d’un million de postes de travail et de serveurs sont concernés, répartis entre les services centraux, les académies, les universités et les centres de recherche.
Lors de l’attribution initiale du marché en 2025, la décision avait déjà suscité de vives réactions. Des représentants de la filière numérique française et plusieurs responsables politiques avaient dénoncé une décision jugée contradictoire avec la stratégie de souveraineté numérique portée par l’État. Ils pointaient notamment les risques liés aux législations extraterritoriales américaines, comme le Cloud Act, ainsi que le renforcement d’une dépendance technologique.
La prolongation du contrat apparaît également en contradiction avec les propres recommandations du ministère. La direction du numérique pour l’éducation (DNE) a ainsi rappelé l’an dernier aux rectorats que les données sensibles doivent être hébergées sur des infrastructures qualifiées SecNumCloud et que les suites collaboratives en ligne d’éditeurs non européens doivent être évitées dans les établissements scolaires.
Le ministère fait néanmoins valoir que les données ne sont pas hébergées dans le cloud de Microsoft mais dans des centres informatiques appartenant à l’État, situés sur le territoire national. Les technologies de l’éditeur américain seraient principalement utilisées pour les postes de travail et certaines briques logicielles, tandis que la majorité des serveurs fonctionneraient sous Linux.
Reste que la reconduction de ce marché illustre les tensions entre impératif de continuité opérationnelle et volonté affichée de renforcer la souveraineté numérique. Un débat qui dépasse largement le seul ministère de l’Éducation nationale et concerne l’ensemble des administrations françaises confrontées à la domination des grands éditeurs américains, comme l’a finalement montré dans un sens inverse le choix de migrer les données de santé du Health Data Hub vers un opérateur souverain.