Bouygues Telecom, Free-Groupe iliad et Orange ont franchi une nouvelle étape dans leur projet de rachat de SFR. Après l’entrée en négociations exclusives annoncée mi-avril, les trois opérateurs ont signé le 6 juin un protocole d’accord avec Altice France en vue de l’acquisition de la plupart des actifs de l’opérateur. Le montant de l’opération reste fixé à 20,35 Md€ en valeur d’entreprise, avec une répartition de l’effort entre Bouygues Telecom, Free et Orange à hauteur respectivement de 42%, 31% et 27%.

Le changement principal tient au passage d’une offre indicative à un accord formalisé. Celui-ci précise la répartition des clients, des actifs télécoms et des fréquences, ainsi que l’organisation de la période transitoire. Certains actifs d’Altice France resteraient exclus du périmètre, notamment XP Fibre, UltraEdge, Altice Technical Services, ACS/Intelcia et les activités outre-mer. Les actifs communs ou non directement transférés seraient logés dans SFR SA, détenue à parts égales par les trois opérateurs, pour une durée d’au moins 30 mois.

Bouygues Telecom reprendrait le périmètre le plus structurant. L’opérateur intégrerait SFR Business, qui représente environ 1,2 Md€ de chiffre d’affaires, ainsi qu’environ 3,8 millions de clients mobile (dont Prixtel) et 2,6 millions de clients fixe. Il récupérerait aussi une partie des infrastructures fixes B2B, le réseau mobile de SFR en zones non denses, déjà mutualisé dans le cadre de l’accord Crozon, et une partie du réseau FTTH en zone très dense. L’opération lui permettrait de changer d’échelle sur le fixe et de renforcer fortement Bouygues Telecom Entreprises.

Free accueillerait pour sa part plus de 8 millions d’abonnés supplémentaires, dont l’intégralité de la base RED by SFR, soit 6 millions de clients, 1,6 million de clients grand public SFR et 400.000 clients TPE sous marque SFR. Le groupe récupérerait également 50 MHz de fréquences supplémentaires. Il atteindrait ainsi près de 31 millions d’abonnés en France et se rapprocherait de son objectif de devenir le premier opérateur alternatif du marché et troisième opérateur télécoms de l’UE. Iliad chiffre l’apport du périmètre repris à environ 2 Md€ de chiffre d’affaires additionnel et 0,9 Md€ de free cash-flow opérationnel, dont plus de 0,5 Md€ de synergies.

Orange reprendrait environ 4,9 millions de clients, dont une partie de la clientèle grand public SFR et les MVNO Réglo, Syma et Coriolis. Le portefeuille représenterait environ 4 millions de clients mobile et 1 million de clients haut débit fixe. L’opérateur récupérerait également 47 MHz de fréquences supplémentaires, ce qui renforcerait encore sa position sur le marché français.

L’opération reste soumise à plusieurs étapes. Les instances représentatives du personnel doivent être consultées, avant la signature de la documentation définitive, attendue au second semestre 2026. Le projet devra ensuite obtenir les autorisations réglementaires, notamment au titre du contrôle des concentrations. La clôture de la transaction est attendue au second semestre 2027.

Les enjeux restent considérables. Les trois opérateurs devront convaincre les autorités que le passage de quatre à trois grands opérateurs ne dégradera pas la concurrence. Ils devront aussi organiser la migration de plusieurs millions de clients, la séparation des bases, l’intégration des systèmes d’information, des fréquences, des réseaux et des canaux de distribution, tout en assurant la continuité de service. Le consortium s’est engagé à garantir un emploi aux salariés du périmètre repris jusqu’à début 2029, par maintien dans l’emploi ou proposition de reclassement. Mais après ?