Quelques semaines après avoir fait son entrée dans le Quadrant magique de Gartner consacré aux plateformes de virtualisation, Vates fait à nouveau la « une » des sites spécialisés. L’entreprise grenobloise annonce une levée de fonds de 30 millions d’euros auprès d’IRIS et de Bpifrance. Objectif affiché : profiter de la recomposition du marché provoquée par le rachat de VMware par Broadcom pour s’imposer parmi les acteurs mondiaux de référence de la virtualisation.
Pour Vates, cette opération répond avant tout à une nécessité de vitesse. Rentable et autofinancée depuis 2016, l’entreprise, qui revendique désormais plus de 1.000 clients payants dans une centaine de pays, est portée par une croissance soutenue (+ 65 % en 2025) et une forte présence internationale – elle réalise 90 % de son chiffre d’affaires hors de France. Mais, son CEO et cofondateur, Olivier Lambert, estime que pour rester parmi les acteurs qui compteront lorsque le marché se reconsolidera, Vates doit encore accélérer pour atteindre rapidement une masse critique suffisante. Quelle masse critique ? Olivier Lambert ne dévoile pas de prévisions de revenus, mais il évoque une part de 5 à 15 % du marché mondial – qu’il évalue à au moins 10 milliards d’euros.
Une augmentation de capital sans dette
Dans le détail, les 30 M€ apportés par IRIS et Bpifrance prennent intégralement la forme de capital primaire. L’opération est donc exempte de dette. Vates ne communique pas la part de capital cédée mais les trois cofondateurs restent majoritaires et conservent le contrôle de l’entreprise. Selon Olivier Lambert, le montant de la levée de fonds résulte précisément d’un compromis entre les besoins de Vates pour financer ses ambitions et cette volonté de rester majoritaire. Le choix de ne pas recourir à la dette lui laisse également la possibilité de mobiliser ultérieurement ce levier pour une opération non dilutive.
Vates va concentre ses investissements autour de trois axes : le produit, l’international et l’écosystème de partenaires. Concernant le produit, Vates entend accélérer l’enrichissement fonctionnel de sa plateforme pour couvrir davantage de besoins, notamment dans le stockage, l’automatisation, la gestion d’infrastructures de grande taille et les nouvelles charges de travail liées à l’IA. À noter que la R&D reste intégralement réalisée en Europe, alors même que les États-Unis génèrent environ la moitié des revenus.
Sur le volet international, Vates souhaite en priorité renforcer les moyens commerciaux et marketing qu’il consacre à l’Amérique du Nord et aux principaux marchés européens. Quant à l’écosystème de partenaires, il prend une importance croissante en Europe, alors que l’éditeur était historiquement davantage tourné vers la vente directe. Il a ainsi renforcé récemment les ressources consacrées au recrutement, à l’animation et à la formation des partenaires.
Vates ne fournit en revanche ni ventilation des 30 M€ entre ces différents postes d’investissements ni objectif chiffré de recrutements. Pas question de transformer la levée de fonds en plan de recrutements massif prédéterminé, explique en substance Olivier Lambert. Après avoir doublé ses effectifs en treize mois, l’éditeur entend désormais embaucher intelligemment en fonction des besoins identifiés. Dans un environnement qu’il juge très mouvant, notamment avec le développement de l’indirect et de l’automatisation, les fonds doivent permettre d’agir « sans être gêné, sans jamais devoir attendre ».
Gartner comme marqueur du changement de dimension
La levée intervient surtout moins d’un mois après une autre étape symbolique : la première apparition de Vates dans le Magic Quadrant Gartner for Server Virtualization Platforms, publié le 14 septembre. L’éditeur fait partie des 17 fournisseurs évalués et se présente comme le seul acteur français retenu.
Olivier Lambert voit plusieurs facteurs derrière cette reconnaissance : le travail conduit auprès des analystes, les références clients, l’intérêt croissant du marché européen pour des fournisseurs européens et surtout pour les technologies open source, qui garantissent réversibilité et maîtrise technologique. Il cite également la montée en puissance de l’écosystème autour de Vates, notamment la compatibilité de Veeam avec sa plateforme depuis cet été, comme un signal de crédibilité supplémentaire. Et Vates multiplie les discussions avec des fournisseurs de serveurs, de stockage et d’autres briques d’infrastructure.
Ce référencement devrait apporter à Vates la visibilité et la crédibilité nécessaires pour être considéré dans les grands projets de remplacement de VMware. La levée devrait lui apporter les moyens de transformer cette reconnaissance en parts de marché.




