Passé sous le contrôle d’un nouvel actionnaire de référence, l’opérateur rennais Blue veut accélérer son développement en dehors du Grand Ouest. Après trois acquisitions réalisées depuis 2021, il recherche des entreprises fortement implantées dans leur territoire, notamment à Lyon, Lille, Bordeaux ou Paris. En parallèle, le groupe étudie la construction d’un troisième centre de données et entame la qualification SecNumCloud de son offre Blue Secure Cloud. Son président, Nicolas Boittin, détaille cette nouvelle étape de son développement.
Channelnews : Blue reste parfois perçu comme un opérateur télécoms. Quelle est aujourd’hui la réalité de votre activité ?
Nicolas Boittin : Nous fournissons des solutions cloud depuis près de vingt ans. Notre premier centre de données a ouvert en 2008 dans un site en colocation, avant que nous installions nos propres infrastructures en 2012. La téléphonie d’entreprise n’a jamais représenté plus de 3 millions d’euros de chiffre d’affaires. C’est notamment pour sortir de cette image trop réductrice, mais aussi de notre seul ancrage breton, que Bretagne Telecom est devenu Blue il y a sept ans.
Notre croissance est aujourd’hui tirée presque intégralement par les services cloud, c’est-à-dire par l’externalisation des serveurs des entreprises dans des environnements que nous infogérons.
Le mouvement de migration vers le cloud n’est-il pas en passe de s’essouffler ?
Non. Le secteur informatique a souvent tendance à considérer que chaque nouvelle étape technologique efface la précédente. Or, il existe une inertie considérable. De nombreuses entreprises hébergent encore leurs serveurs dans leurs propres locaux.
Nous voyons aussi des entreprises revenir de certains clouds publics. Elles rencontrent des difficultés liées aux tarifs pratiqués, mais aussi au manque de proximité et de réactivité. Notre dernier très gros client, qui deviendra notre deuxième client, réalise environ 4 milliards d’euros de chiffre d’affaires et hébergeait encore l’ensemble de ses données dans ses propres locaux. Il a préféré les transférer vers un acteur de cloud privé de proximité plutôt que vers un hyperscaler. Le contrat est signé et le déploiement doit se poursuivre jusqu’à la fin de l’année.
Quelle dynamique de croissance enregistrez-vous ?
Notre chiffre d’affaires est passé de 41,9 millions d’euros en 2023 à 45,4 millions en 2024, puis à 55 millions d’euros en 2025. Nous employons environ 200 collaborateurs. Cette progression repose avant tout sur la croissance organique des services cloud.
Nous avons néanmoins réalisé trois acquisitions ciblées au cours des dernières années. Nous avons repris Océanis, à Saint-Gilles-Croix-de-Vie, en mai 2021 afin d’étendre notre implantation en Vendée. ADMI, au Havre, nous a rejoints en avril 2023 et nous a apporté des compétences dans la gestion de parc informatique. Enfin, nous avons acquis Openhost à Nantes en décembre 2025 afin de renforcer notre expertise dans le cloud public, notamment autour de Microsoft 365.
Le changement récent d’actionnaire de référence a-t-il vocation à prolonger cette séquence d’acquisitions ?
Oui. Notre précédent fonds nous accompagnait depuis six ans et il était naturel qu’il arrive au terme de son cycle d’investissement. L’arrivée du nouvel actionnaire est directement liée à notre volonté de sortir du Grand Ouest et de nous développer dans d’autres régions françaises.
Nous allons continuer à investir dans la croissance organique, car nous pensons disposer d’une recette qui fonctionne. Il existe de très belles sociétés régionales qui possèdent un ADN proche du nôtre, avec une forte présence auprès des PME et des PMI. Une association avec ces entreprises pourrait nous permettre d’étendre notre présence sur de nouveaux territoires.
Quel profil de sociétés recherchez-vous ?
Nous nous intéressons notamment à des entreprises réalisant de l’ordre de 10 à 15 millions d’euros de chiffre d’affaires, fortement ancrées dans leur territoire, ayant des sauts technologiques à réaliser et qui voudraient gagner une étape avec notre aide, par exemple via la construction d’un centre de données en propre. Nous regardons en particulier la région lyonnaise, Lille, Bordeaux et naturellement Paris, ainsi que les principaux bassins d’emploi.
Pour autant, les difficultés d’intégration et d’adhésion à la marque de certains de nos confrères, qui ont été pris d’une frénésie de rachats de chiffre d’affaires ces dernières années, montrent qu’il existe des erreurs à ne pas commettre. La dynamique qu’on applique est plutôt des croissances externes quand c’est extrêmement justifié.
Vous évoquez la construction d’un nouveau centre de données en propre pour accompagner cette expansion nationale alors que vous venez à peine d’inaugurer votre deuxième site à Nantes. Un nouveau site est-il réellement programmé ?
Il est à l’étude. Il pourrait être implanté dans la région lyonnaise ou à proximité de Lille. Sa localisation dépendra notamment des opportunités de développement organique ou de croissance externe que nous rencontrerons.
L’idée est de pouvoir héberger les données des clients qui le souhaitent à proximité de leur implantation. Mais un centre de données demande environ quatre ans entre la décision d’investissement et sa mise en service. Nous raisonnons donc sur un horizon de quatre à cinq ans.
Blue vient également de franchir le premier jalon de la qualification SecNumCloud. Pourquoi avoir choisi ce référentiel ? S’agit-il de démontrer que votre cloud est souverain ou plutôt qu’il est sécurisé ?
Ni l’un ni l’autre, au sens où notre première motivation n’est pas d’obtenir un argument marketing. Nous considérons SecNumCloud comme un manuel décrivant la bonne manière d’exercer notre métier. Nous avions adopté la même approche lors de l’obtention de notre certification ISO 27001, il y a environ treize ans. SecNumCloud nous oblige à élever notre niveau d’exigence opérationnelle. Le vrai sujet, c’est qu’aujourd’hui le risque cyber, il est plutôt porté par l’homme que par la machine. Les contraintes du référentiel sont telles que cela réduit les possibilités d’erreur. Il faut s’assurer que les machines sont à jour, que les certificats respectent les niveaux attendus, que chaque intervention est documentée, que les configurations n’ont pas dérivé. Cela améliore directement le service rendu au client.
Quel effort la qualification représente-t-elle ?
Le niveau d’investissement en temps et en ressources humaines est considérable. Pour vous donner un ordre d’idée, un audit ISO 27001 dure en moyenne trois jours. Pour SecNumCloud, il faut raisonner en semaines, voire en mois de présence des auditeurs. Pour certaines tâches, le temps nécessaire peut être multiplié par trois par rapport à un environnement non soumis à ces exigences. Il faut documenter l’opération, vérifier qu’elle intervient dans le bon cas d’usage, contrôler dans la durée que rien n’a changé. Nous sommes dans une autre galaxie en matière d’exigence. Il faut néanmoins souligner la qualité de l’accompagnement de l’ANSSI. Ses équipes sont très présentes pour aider les candidats à mener la démarche à son terme.
Pour pensez-vous achever le processus de qualification ?
Compte tenu du niveau d’exigence et du travail restant à accomplir, une qualification complète à la fin de 2027 constituerait une très bonne performance.