Comme de coutume à la fin octobre, le cabinet d’analyse Gartner liste dix tendances technologiques stratégiques pour l’année à venir. L’analyste Gene Alvarez y ajoute ses commentaires.

1. Les modèles quantitatifs à grande échelle (LQM)

Le déploiement de modèles linguistiques polyvalents pour des tâches numériques entraîne de sérieux risques en matière de précision et de conformité, avertit Gartner. La transition vers des modèles quantitatifs à grande échelle (LQM), c’est-à-dire des architectures de réseaux neuronaux hybrides et modulaires conçues pour traiter et analyser des données quantitatives, devrait permettre de faire passer la prise de décision d’un dépannage réactif à une simulation proactive. « D’ici 2030, les LQM remplaceront les LLM dans 25% des tâches de prévision stratégique et de modélisation opérationnelle au sein des principales fonctions de l’entreprise ».

2. Les modèles de raisonnement vocal 

Les modèles de raisonnement vocal sont des systèmes d’IA vocale qui produisent un raisonnement directement à partir de données audio, en suivant le contexte et l’intention tout au long d’une conversation afin de déterminer la prochaine action à entreprendre.

« La voix reste le canal d’interaction le plus usité par les entreprises mais même après une décennie d’automatisation du service client, on n’a toujours pas réussi à atteindre la précision, la rapidité et les taux de résolution exigés par la clientèle », rappelle Gene Alvarez. « Avec les modèles de raisonnement vocal, d’ici 2030, plus de 70% des interactions vocales en entreprise seront gérées de manière autonome, contre moins de 10% en 2026 ».

3. Les modèles mondiaux

« Les modèles dits « mondiaux » marquent un changement de paradigme axé sur la physique, qui permet aux machines d’appréhender l’espace, le temps et la causalité. Ils permettent aux agents autonomes de simuler des états futurs potentiels, de prédire des résultats et de comprendre les conséquences de leurs actions avant de les exécuter. La forte augmentation des investissements dans la robotique, les véhicules autonomes et l’informatique spatiale est le moteur de cette évolution », commente Gartner. « D’ici 2030, 40% des applications robotiques intégreront des modèles mondiaux afin de prendre des décisions optimales dans des environnements adaptatifs, contre moins de 1% en 2025 ».

4. Les plateformes de contexte IA

« Sans couche contextuelle dédiée, les organisations seront confrontées à de graves risques opérationnels, notamment des agents IA disposant de privilèges excessifs, des manquements à la conformité, un faible niveau de confiance et une consommation excessive de jetons », prévient Gene Alvarez. Gartner prévoit que, d’ici 2027, les organisations qui donnent la priorité à une approche sémantique des données augmenteront la précision de l’IA agentique jusqu’à 80% et réduiront leurs coûts jusqu’à 60%.

5. Les harnais d’agents de codage

Un harnais d’agents de codage IA est un système de contrôle en boucle fermée qui régit le comportement d’un agent autonome tout au long du cycle de vie du développement logiciel. « En l’absence d’un harnais dédié, les équipes de développement doivent consacrer beaucoup de temps à vérifier manuellement les résultats générés par la machine, ce qui annule les gains de productivité », constate Gartner.

6. Le contrôle de l’identité des agents IA

Gartner prévoit que d’ici 2028, 25% des failles de sécurité dans les entreprises seront imputables à une utilisation abusive des agents IA, due à des privilèges non gérés et à des pratiques obsolètes en matière d’identifiants. « Si les entreprises ne résolvent pas ces problèmes, plus de la moitié de leurs initiatives en matière d’IA d’entreprise seront complètement interrompues », prévient le cabinet. « L’application de contrôles d’identité dynamiques permet aux organisations de remplacer les identifiants statiques à haut risque par un accès dynamique ».

7. La correction autonome des vulnérabilités

La correction autonome des vulnérabilités est un ensemble de fonctionnalités qui combine des techniques d’IA et d’automatisation pour détecter, hiérarchiser et corriger les failles de sécurité au sein de l’environnement IT de l’entreprise. Ce système teste et déploie automatiquement des correctifs ou des correctifs virtuels dans les environnements de production. 

« Le processus défensif traditionnel est défaillant. Il expose les organisations à une période d’exposition moyenne de 50 jours durant laquelle les vulnérabilités ne sont pas corrigées », estime Gartner. « D’ici 2031, les entreprises déployant des solutions autonomes réduiront leur délai moyen de correction des vulnérabilités de plusieurs semaines à moins de 48 heures ».

8. Les technologies souveraines

Ces technologies évitent toute dépendance vis-à-vis d’un fournisseur unique, et particulièrement extra-territorial, afin de garantir une continuité opérationnelle. Gartner prévoit que d’ici 2030, plus de 75% des organisations adopteront des stratégies de souveraineté numérique, en transférant leurs charges de travail critiques afin de réduire les risques géopolitiques et de dépendance vis-à-vis des fournisseurs.

9. Les applications jetables

Les applications jetables sont des applications logicielles conçues pour être mises au rebut une fois que leur objectif métier spécifique a été atteint ou qu’il n’est plus d’actualité.

« La transition vers des applications jetables modifie fondamentalement la manière dont les logiciels sont achetés, conçus et budgétisés. Les portefeuilles d’applications seront des systèmes dynamiques plutôt que des investissements à long terme », prédit Gene Alvarez. « D’ici 2030, la lassitude généralisée vis-à-vis du SaaS et de la profusion de logiciels basés sur de l’IA obligeront les grandes entreprises à veiller à ce que 80% de leurs nouvelles applications soient faciles à remplacer ».

10. Le Wetware as a Service ou l’informatique biologique

Gartner définit le « wetware as a service » comme « un modèle émergent qui offre un accès à distance, via le cloud, à des systèmes biologiques vivants ou synthétiques à des fins de calcul ». Selon le cabinet, « d’ici 2030, 25% des entreprises donnant la priorité à une IA spécialisée à faible consommation d’énergie déploieront l’informatique biologique pour contourner les limites du silicium traditionnel ». Gartner estime en effet que le silicium ne permettra pas longtemps de faire évoluer l’IA d’entreprise, en raison de son insoutenabilité environnementale et énergétique. « Les processeurs organiques peuvent exploiter la plasticité naturelle des réseaux biochimiques pour exécuter des algorithmes complexes avec une efficacité énergétique exceptionnelle », souligne Gartner. « Les neurones biologiques cultivés en laboratoire peuvent effectuer des calculs ciblés avec une efficacité exceptionnelle, en exécutant des algorithmes complexes de reconnaissance de formes avec une fraction de la puissance requise par les serveurs traditionnels ». Gartner se garde de partager ses commentaires à propos des questions éthiques considérables que soulève ce biocomputing. Une telle perspective fait froid dans le dos.