L’enseigne spécialisée va se séparer de la moitié de ses magasins dans les prochaines semaines dans le cadre d’un plan de cession. Le sort du périmètre restant reste suspendu à la présentation d’un plan de relance amélioré.


À l’issue d’une première audience qui s’est tenue cette semaine, le tribunal a validé le plan de cession partiel proposé par la direction de Surcouf. L’enseigne, en redressement judiciaire depuis le 29 février, va ainsi se séparer de ses magasins de Lille Molinel, Paris Haussmann et Bordeaux Mérignac, selon une source interne. Un appel d’offre devait être diffusé ce jour par l’administrateur judiciaire à destination d’une sélection de repreneurs potentiels.

L’administrateur espère susciter des offres englobant la reprise de tout ou partie des quelque deux cents salariés qui travaillent actuellement sur ces points de vente. Les candidats ont quarante-cinq jours pour présenter leur dossier. Compte tenu de son implantation dans le quartier des grands magasins, « premier centre commercial à ciel ouvert d’Europe », et de sa surface, 2.500 m2, le site de Paris Haussmann ne devrait pas avoir trop de mal à trouver acquéreur.

Plus problématique est le devenir des sites de Mérignac Soleil et de Molinel. Le premier, d’une surface de 2200 m2, est en perte de vitesse. Quant au second, inauguré il y a à peine 20 mois dans un bâtiment ayant nécessité d’importants travaux (un investissement évalué à douze millions d’euros), il n’aurait jamais vraiment décollé, selon un fournisseur. Pour ce dernier, Surcouf Molinel (dont Hughes Mulliez, le PDG, est propriétaire à titre personnel) est trop grand par rapport à sa zone de challandise et trop à l’écart des rues piétonnes, qui drainent l’essentiel de la fréquentation du centre-ville.

Le sort des quelque 250 salariés restants ne sera précisé que lors de l’audience 6 juin après l’examen des offres de reprise partielle. La direction de Surcouf est supposée y présenter une version améliorée de son plan de relance dont la première ébauche n’a, semble-t-il, pas convaincu le tribunal.

L’idée générale de ce plan est de recentrer l’enseigne autour de son magasin historique de Daumesnil. De par sa surface (6.000 m2), ce site serait susceptible d’abriter le stock destiné à alimenter les deux autres magasins restants (Carré-Sénart à Lieusaint [77] et Héron Parc à Villeneuve d’Ascq [59]) et le site Web, lequel deviendrait une pièce maîtresse du dispositif. Surcouf espère au passage que Daumesnil bénéficiera d’un regain de fréquentation après la fermeture du site d’Haussmann, qui avait tendance à lui faire de l’ombre.

Reste à trouver la bonne équation économique dans un contexte marché particulièrement difficile : baisse des ventes en volume, baisse des prix, baisse des marges et montée en puissance du e-commerce. Une conjonction de facteurs qui affecte aussi les multispécialistes tels La Fnac ou Darty en France, mais également Best Buy (dont le patron vient de démissionner après une perte de 1,7 milliard de dollars), CompUSA ou Circuit City aux USA (lire à ce sujet « Les enseignes spécialisées EGP menacées ?« ).

Le tribunal de commerce aurait notamment émis des réserves sur le réalisme des projections de marge présentées par l’enseigne. Pour muscler celle-ci, Surcouf devra sans-doute aller plus loin dans sa restructuration, notamment en économisant des postes supplémentaires (on parle de la moitié des emplois du siège), mais également en revoyant sa gestion des stock, l’objectivation de ses équipes, etc. « C’est tout l’édifice Surcouf qu’il faut revoir pour espérer survivre », estime un salarié.