Aux Etats-Unis, face à l’opposition d’une majorité de la population à la construction de nouveaux centres de données dédiés à l’intelligence artificielle, Amazon annonce investir plus d’un milliard de dollars au cours des cinq prochaines années pour endoctriner le public, ou plutôt, selon ses mots,  pour « un programme d’investissement communautaire » destiné à apaiser la colère des riverain·e·s et des collectivités locales. 

L’entreprise du multimilliardaire Jeff Bezos veut convaincre que les centres de données hyperscalers ne sont pas aussi néfastes qu’on a laissé croire et que si les gens ordinaires ne soutiennent pas leur construction, le pays risque de se retrouver à la traîne.

« Ce déploiement revêt une telle importance géopolitique qu’on signale de nombreuses tentatives de divers pays visant à répandre intentionnellement de fausses informations aux Etats-Unis au sujet des centres de données afin de nous inciter à ralentir nos efforts », écrit le géant étasunien du cloud dans un post de blog. « A l’heure actuelle, plus de 100 moratoires sur les centres de données sont à l’étude à travers le pays. Si ces mesures sont adoptées, les Etats-Unis pourraient signer leur propre arrêt de mort dans cette course et les conséquences s’étendraient sur plusieurs générations ».

L’article de blog met en avant des craintes concernant les centres de données, qu’Amazon qualifie de « mythes » à débusquer :

Le premier « mythe » concerne la consommation d’eau des centres de données. Selon Amazon, il faudrait davantage s’inquiéter de la consommation d’eau des terrains de golf « qui utilisent 200 fois plus d’eau que l’ensemble des centres de données d’Amazon ». Le journal Politico remarque tout de même qu’un centre de données à Fayetteville exploité par QTS a prélevé discrètement près de 110 millions de litres d’eau. Le problème n’a été découvert que lorsque les habitant·e·s de la région ont commencé à se plaindre d’une pression d’eau anormalement faible.

Amazon tente également de dissiper les craintes concernant la consommation d’électricité des centres de données. L’entreprise affirme que les tarifs augmentent parce que le réseau électrique étasunien est vétuste. Elle affirme que les constructeurs de centres de données responsables collaborent avec les services publics pour s’assurer qu’ils paient leur juste part de capacité supplémentaire et les mises à niveau d’infrastructure nécessaires à leur fonctionnement. Amazon minimise aussi l’impact des datacenters sur la qualité de l’air en raison de leur recours à des générateurs de secours au diesel ou à des turbines à gaz. L’entreprise n’a pas mentionné que la NAACP poursuivait actuellement xAI en justice pour des turbines installées sans autorisation dans le Mississippi et destinées à alimenter le supercalculateur Colossus 2.

Enfin, Amazon fait valoir que les gens ne se rendent pas suffisamment compte de l’impact économique positif des centres de données sur leur communauté. Le message sous-jacent est qu’en adoptant des moratoires sur les centres de données, les collectivités renoncent à d’importantes recettes fiscales. Cela dit, si les recettes fiscales générées par ces installations sont si importantes et les désagréments peu conséquents, on se demande bien pourquoi Amazon a besoin de dépenser plus d’un milliard de dollars sur cinq ans afin de rendre la construction d’hyperscalers plus acceptable.