L’éditeur australien de logiciels collaboratifs Atlassian a annoncé une nouvelle restructuration qui se traduira par la suppression d’environ 10% de ses effectifs, soit près de 1.600 postes dans le monde. L’entreprise, connue pour ses outils de gestion de projet et de développement comme Jira, Confluence ou Trello, explique vouloir redéployer une partie de ses ressources afin d’accélérer ses investissements dans l’intelligence artificielle et renforcer son positionnement sur le segment des grandes entreprises.
Dans un message adressé aux salariés, le cofondateur et PDG Mike Cannon-Brookes reconnaît une décision « extrêmement difficile », mais jugée nécessaire pour adapter l’organisation à l’évolution rapide du secteur du logiciel et aux transformations induites par l’IA. Selon lui, il ne s’agit pas de « remplacer les humains par l’IA » mais il serait « malhonnête de prétendre que l’IA ne change pas le mix de compétences et le nombre de rôles nécessaires dans certaines fonctions ».
Les suppressions de postes devraient toucher principalement l’Amérique du Nord, qui représenterait près de 40% des départs, suivie de l’Australie (environ 30%) et de l’Inde (près de 16%), tandis que l’impact devrait rester plus limité dans les autres régions dont EMEA. Atlassian prévoit d’enregistrer entre 225 et 236 millions de dollars de charges liées aux indemnités de départ et à la réduction de certaines surfaces de bureaux.
Cette annonce intervient trois ans après une première vague de licenciements. Début 2023, Atlassian avait déjà supprimé environ 500 postes, soit près de 5 % de ses effectifs, dans le cadre d’une réorganisation visant notamment certaines fonctions de support et de recrutement.
La croissance de l’éditeur n’est pas en cause dans ces nouveaux licenciements. Sur son second trimestre fiscal, le chiffre d’affaires de l’éditeur a progressé de 23% à 1,58 Md$ et même de 26% pour l’activité cloud dépassant pour la première fois 1 Md$ avec plus de 350.000 clients. Sa nouvelle plateforme d’intelligence artificielle Rovo, lancée en 2024, a par ailleurs franchi le cap des cinq millions d’utilisateurs actifs mensuels.
Mais Atlassian ne parvient toujours pas à une croissance rentable. L’éditeur a encore enregistré une perte de 256,7 M$ sur son exercice 2025 et de 46,2 M$ sur le dernier trimestre publié. Il n’échappe pas non plus aux craintes de déstabilisation du secteur du logiciel et du modèle SaaS par l’IA. « Les critères d’excellence pour les entreprises de logiciels – en termes de croissance, de rentabilité, de rapidité et de création de valeur – ont augmenté », admet d’ailleurs son PDG. L’action Atlassian en paie les frais avec une correction de plus de 60 % de sa valeur sur un an.
Dans le même temps, Atlassian continue de lourdement investir dans les technologies liées à la productivité assistée par l’IA. En septembre dernier, l’éditeur a déboursé 610 millions de dollars pour acquérir The Browser Company, créatrice des navigateurs Arc et Dia. Avec ce nouveau pari, l’entreprise ambitionne de proposer un navigateur IA optimisé pour les applications SaaS et le monde du travail.