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SNCF-IBM : le projet Ulysse n'est plus assuré d'arriver à bon port
18.06.10 - Le MagIT   

Projet_Ulysse_IBM-SNCFLes torpilles se multiplient contre le projet Ulysse, visant à regrouper la sous-traitance de la SNCF sous une ombrelle tenue par une co-entreprise entre la compagnie nationale et IBM. Sud Rail entend désormais obtenir, par référé, une suspension du projet.

 

La mobilisation des informaticiens de la SNCF contre le projet Ulysse, visant à confier à IBM la rationalisation des contrats de sous-traitance des DSI de la société ferroviaire, ne mollit pas. C'est à un véritable harcèlement qu'est confrontée la direction de l'entreprise publique. En plus de procédures sur le fond envisagées par trois comités d'entreprise pour délit d'entrave, la fédération Sud Rail prépare une plainte qui doit être "déposée sous une semaine" au Tribunal de Grande Instance de Paris. Objectif du syndicat : obtenir, par référé, la suspension du projet, pour défaut de consultation des instances représentatives du personnel. Ni plus, ni moins. Ce qui obligerait la SNCF à repartir de zéro, mettant certainement les nerfs de son partenaire IBM à rude épreuve. "La loi nous autorise à nous substituer au comité central d'entreprise (CCE), qui ne souhaite pas pour l'instant s'engager dans cette démarche", explique un délégué de Sud Rail. Tout en précisant espérer voir le CCE rejoindre la procédure.


Projet_Ulysse

 

De facto, le montage imaginé par la SNCF - la création d'une filiale (Stelsia) prenant elle-même des parts dans la co-entreprise avec le prestataire américain (NoviaServ) - a permis d'éviter les phases d'information-consultation de la plupart des instances représentatives de l'entreprise publique. Présenté officiellement le 11 janvier en conseil d'administration aux organisations syndicales, le projet a suscité l'hostilité des administrateurs salariés, qui ont voté contre, dénonçant "un projet mené sous le manteau". Etrangement, les représentants du personnel d'IBM France ont été avertis officiellement en premier, le 30 décembre 2009.


Le gouvernement harcelé de questions


Pour la SNCF, ce dépôt de plainte n'est que la énième tuile d'une série sur un projet qui a du mal à passer. Depuis son annonce, Ulysse se heurte à l'hostilité franche des informaticiens du groupe, qui multiplient les actions. D'habitude peu mobilisés par les mouvements sociaux, les informaticiens de la SNCF ont débrayé en masse lors de la journée d'action nationale du 3 février. Avant d'organiser leur propre journée d'action le 1er avril, marquée par une mobilisation encore supérieure.


L'intersyndicale, constituée pour l'occasion, n'a aussi pas manqué d'interpeller députés et sénateurs, mettant en avant les risques de délocalisation offshore (en Inde surtout) du projet, les menaces directes sur l'emploi dans les SSII actuellement prestataires de la SNCF (sur les bassins d'emploi de Lille, Lyon, Nantes et Paris) ainsi que sur la perte de maîtrise de l'informatique de la SNCF. "IBM veut piller le savoir-faire cheminot pour devenir un opérateur au niveau mondial sur ce secteur", martèle le délégué syndical de Sud Rail.


Ce courrier, daté du 22 avril et signé par la CGT, la CFDT et Sud Rail, a eu un certain retentissement auprès de la représentation nationale, entraînant de nombreuses questions au gouvernement (une vingtaine à l'Assemblée Nationale, cinq au Sénat), notamment à Dominique Bussereau, le secrétaire d'Etat aux Transports. Sans parler des courriers envoyés directement à l'intéressé ou à Guillaume Pépy, président de la SNCF, par plusieurs parlementaires. Venu à Lyon en début de semaine pour inaugurer un nouveau type de poste de contrôle ferroviaire, le même Dominique Bussereau n'a pas échappé à une énième interpellation sur le sujet, des syndicalistes étant présents lors de cette inauguration.


Offshore : la SNCF admet


Autre indice des cafouillages qui entourent Ulysse : après avoir tenté de nier ou de minimiser les délocalisations offshore qu'entraînera le projet, la direction de la SNCF semble aujourd'hui reconnaître l'évidence. Il faut dire que des documents confidentiels, faisant état d'un recours massif à l'offshore (pour les études, mais aussi pour la production), en Inde et en Roumanie, ont fuité sur le blog Cortis, tenu par un informaticien anonyme de la DSIT (Direction des systèmes d'information et des télécommunications, un des principaux services informatiques internes de la SNCF) particulièrement bien informé depuis le lancement du projet.


Le nouveau directeur de la DSIT - Gilles Albertus, nommé en remplacement de Michel Baudy, parti diriger la co-entreprise Novaserv - ne cherche d'ailleurs plus à nier le recours à des centres localisés dans les pays à bas coût, comme le montre un article paru cette semaine dans Libération. Il y explique : 'je ne ferai pas du recours au nearshore ou à l'offshore un tabou, dans un marché informatique marqué par une pénurie de ressources et où le chômage ne dépasse pas 2 à 3 %". Un virage sur l'aile confirmé par un syndicaliste de Sud Rail. "Mais nous n'avons toujours aucune précision quant aux volumes qui seront transférés offshore, au calendrier de mise en place des centres de services (un des objectifs du contrat, NDLR) ou aux SSII qui seront retenues", précise le blogueur Cortis.


La SNCF négocie déjà un avenant


Des indices qui révèlent les difficultés opérationnelles cette fois, que connaît Ulysse. En début de semaine, lors d'une table ronde avec les syndicats, Gilles Albertus a ainsi tenté d'impliquer les représentants du personnel dans la négociation d'un avenant au contrat avec IBM. "Les volumes promis ne sont pas au rendez-vous", dit notre interlocuteur de Sud Rail. Ce qui expliquerait le besoin, pour la SNCF, de revoir le contrat initial. Le nouveau patron de la DSIT s'est heurté à une fin de non-recevoir de la part des syndicats. Une nouvelle table ronde de conciliation est prévue pour la mi-juillet. Entre-temps, la journée d'action nationale du 24 juin (sur les retraites) permettra de nouveau de prendre la mesure de la mobilisation des informaticiens de la SNCF. Même si la direction de l'entreprise publique ne doit désormais plus se faire beaucoup d'illusions.


Le projet Ulysse en chiffres :

2 200. C'est le nombre d'informaticiens cheminots. Dans ses différents services (DSIT, Vinsi, ISI), la compagnie nationale emploie presque autant de prestataires. Ce sont eux qui sont visés par le projet Ulysse, visant à rationaliser cette sous-traitance, via le regroupement des contrats, la création de centres de services et la délocalisation offshore.

2. C'est le nombre de filiales créée pour assurer le montage de ce contrat hors-norme. Filiale à 100 % de la SNCF, Stelsia a pris 51 % de la co-entreprise avec IBM, baptisée Novaserv. C'est cette dernière qui a en charge la rationalisation du porte-feuille de prestations.

1,7 milliard d'euros. C'est le montant estimé de ce contrat sur une durée de 6 ans. Il doit dégager entre 17 et 20 % d'économies par an (selon les sources) sur les sommes dépensées par la SNCF en sous-traitance informatique.

730. Ce serait le nombre de postes appelés à partir offshore sur la seule partie études de la DSIT, selon un document publié par le blog Cortis, tenu par un informaticien suivant le projet Ulysse. Le même blog avait déjà fait état de délocalisations en Inde pour l'exploitation des infrastructures (DSIT-X en jargon SNCF). La direction avait alors démenti, affirmant que ledit document n'était en fait qu'une proposition commerciale d'IBM, rejetée en l'état.

95 %. C'est la proportion des informaticiens de la DSIT opposés au projet Ulysse. Gilles Albertus, le nouveau patron de la DSIT, a choisi de mener un sondage auprès de ses troupes pour mesurer leur perception du projet. Le voilà renseigné sans ambiguïté...


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