Le français Capgemini est pointé du doigt pour sa collaboration avec la police de l’immigration aux Etats-Unis (Immigration and Customs Enforcement, ou ICE), après que deux citoyen·ne·s des Etats-Unis, Renée Nicole Good et Alex Pretti, ont été tué·e·s par des agents de l’ICE envoyés par l’administration de Donald Trump à Minneapolis ce mois-ci.
L’Observatoire des multinationales a révélé que la filiale étatsunienne de l’ESN française de services informatiques avait signé en décembre 2025 un contrat de 4,8 millions de dollars afin de fournir « des services de recherche de personnes (skip tracing) pour des opérations d’exécution et d’expulsion ». On apprend également que la rémunération de Capgemini Government Solutions (CGS) augmente en fonction du volume de ses remontées d’informations au département de la sécurité intérieure des Etats-Unis. Selon The Intercept, CGS serait l’entreprise partenaire de l’ICE qui tirerait le plus de profit du programme, jusqu’à 365 millions de dollars.
Fleuron du CAC 40 et numéro 1 du classement Numeum et KPMG 2025 des ESN & ICT en France, le groupe Capgemini est un partenaire historique du département de la sécurité intérieure aux Etats-Unis. Les premiers contrats entre les deux entités remontent à plus de quinze ans.
En France, la CGT Capgemini condamne fermement une telle collaboration : « L’argent n’a pas d’odeur mais il commence fortement à avoir le goût du sang ». Le syndicat rappelle que Capgemini Government Solutions se vantait encore il y a peu, sur son site web, de « travailler étroitement pour aider [l’ICE] à minimiser le temps requis et le coût de l’expulsion de tous les étrangers illégaux expulsables hors des Etats-Unis ». « Aucun impératif commercial ne peut justifier moralement un tel contrat », renchérit la CFTC. La CFDT « dénonce avec force et détermination les nombreux agissements brutaux des milices ICE qui méprisent et bafouent le droit de toute personne à la légitime défense de ses droits, allant jusqu’au meurtre de ceux qui opposent un semblant de résistance ou un soupçon de refus de cette autorité aux relents mafieux ».
Le CEO de Capgemini, Aiman Ezzat (cf. photo), affirme avoir « récemment pris connaissance, par des sources publiques, de la nature d’un contrat attribué à CGS par l’agence Immigration and Customs Enforcement (ICE), en décembre 2025 », dans un post LinkedIn. « Le conseil d’administration indépendant de CGS a d’ores et déjà engagé un processus d’examen du contenu et de la portée de ce contrat, ainsi que des procédures de contractualisation de CGS ».
Le ministre de l’économie, Roland Lescure, a demandé à Capgemini de « faire la lumière de manière extrêmement transparente sur les activités qui sont les siennes, sur cette politique et sans doute à questionner la nature de ces activités », lors d’une récente séance de questions au gouvernement, à l’Assemblée nationale.
Pour sa part, la ministre des armées, Catherine Vautrin, estime que « les contrats des groupes français méritent toute vigilance, quel que soit le lieu, et le respect des droits de l’homme », dans une prise de parole du mardi 27 janvier 2026.