Attisé par le digital, un vent de reprise souffle sur le secteur IT qui se traduit par une accélération des recrutements. Mais cette reprise se concentre sur un petit nombre de compétences que tout le monde s’arrache.


C’est le symbole de la forme de schizophrénie dont notre économie est atteinte. D’un côté, il y a le chômage endémique, la stagnation, la désindustrialisation, et de l’autre des poches ultra-dynamiques où les empoyeurs se disputent les talents. Le secteur IT, sur lequel souffle depuis quelques mois un vent de reprise, n’y échappe pas. Cette embellie, qui se manifeste par une accélération des recrutements, a pour effet d’exacerber les tensions sur certains profils.

Embellie dans le secteur IT

Elle est liée principalement au phénomène de la transformation digitale qui se diffuse partout impactant de nombreux métiers, de nombreuses entreprises, dans tous les secteurs. Mais attention : cette embellie ne va pas nécessairement faire l’affaire des prestataires IT. Car après avoir longtemps gelé toute embauche et externalisé à outrance, ce sont les clients finaux qui se remettent à embaucher dans une démarche de reconstitution de leurs équipes et de réinternalisation de certaines fonctions vitales. Une bonne nouvelle pour les candidats qui cherchent à fuir les SSII, où ils ont l’impression de ne pas être reconnus.

Des profils variés

Cet engouement pour le digital se traduit par des recrutements de profils assez variés : développeurs Web et technologies mobiles, spécialistes big data, experts en sécurité, chefs de produits, spécialistes de l’embarqué, marketers, CDOs (Chief Digital Officers), lead developers… Bien entendu, cela ne doit pas occulter que les clients recherchent aussi toujours des DSI, des administrateurs systèmes et réseaux, des responsables infrastructures et des responsables de projets…

Mais, autant il n’est pas difficile de trouver des managers et des profils IT traditionnels, autant trouver des développeurs et des experts sur les technologies associées à la transformation digitale est devenu problématique, confirment les recruteurs. Dans le détail, les bons développeurs Java et .Net (dans leurs évolutions les les plus récentes), les spécialistes PHP Prestashop ou Symfony 2, les développeurs C++, et les experts en bases de données maîtrisant Cassandra, Hadoop, NoSQL, MongoDB, sont particulièrement sollicités.

Les délais de recrutement s’allongent face à la pénurie de candidats

« La durée moyenne des processus de recrutement des ingénieurs développement web expérimentés ou des métiers en forte émergence (Data Scientist ou Ingénieur Big Data) s’allonge sensiblement », commente sobrement Adeline Christophe, Senior Recruiter au sein du cabinet Eotim. Certains recruteurs, comme Jacques Froissant, co-fondateur d’Altaïde, ou Emmanuel Stanislas, fondateur de Clémentine International, admettent même refuser des mandats, pour mieux se concentrer sur ceux les plus susceptibles de déboucher.

Les développeurs ont désrté les portails d’emploi

« La plupart des développeurs ont déserté les portails d’emploi traditionnels et les entreprises ne reçoivent plus de réponses à leurs annonces », remarque Frédéric Desmoulins, co-fondateur de Codingame, éditeur d’une plateforme de jeux dédiée aux développeurs très appréciée des recruteurs. Une absence de réponse aux annonces que confirme Jacques Froissant. « Un tel déficit est inédit, commente-t-il. Et le phénomène commence à s’étendre à province. Beaucoup d’entreprises recruteraient si elles trouvaient des candidats ». Selon lui, il manquerait au bas mot 50.000 à 100.000 développeurs pour répondre à la demande.

Dans ce contexte, les candidats sont devenus les maîtres du jeu. Ce sont eux qui choisissent leur entreprise, « en fonction des hommes qui la composent, de sa santé financière, de sa localisation, de l’employabilité future que le poste proposé est susceptible de leur apporter… », souligne Fabrice Coudray dirigeant de Robert Half Technologie. Inutile de préciser que seules les entreprises les plus attractives tirent leur épingle du jeu.

Des salaires à la hausse

Et les salaires redeviennent un critère de premier plan. Même s’ils ne s’envolent pas, chacun en convient, ils sont clairement à la hausse. Pour convaincre un candidat d’envisager de changer d’employeur, une entreprise devra lui proposer au minimum 5 à 10% de mieux, suggère Emmanuel Stanislas. Le salaire normatif pour un développeur avec un minimum d’expérience tourne actuellement autour de 45.000 € par an. Mais certains employeurs n’hésitent pas à offrir beaucoup plus : 55.000 à 60.000 € pour des profils ayant trois ans d’expérience à Paris, selon Denis Cerisola, directeur commercial de Business Activ. Et même 60 K€ à 80 K€ pour un lead developpeur. En région, il faut compter 10.000 € de moins qu’à Paris. On n’en est pas au stade des USA, où les développeurs sont devenus de véritables stars avec des salaires dépassant les 100.000 dollars annuels (à tel point qu’ils sont parfois supérieurs à ceux de leurs managers). Mais on s’en rapproche.

Les employeurs cherchent le mouton à huit pattes

Pour autant, le niveau d’exigence des employeurs n’a pas baissé et a même plutôt tendance à s’élever encore. Peut-être une réaction à cette inflation des salaires et des demandes des candidats : « recruter est un investissement important, les employeurs ne veulent pas se tromper », soulignent les recruteurs. « Les employeurs ne cherchent plus des moutons à cinq pattes mais à huit pattes », explique Denis Cerisola. Le candidat devra connaître tel et tel module ou évolutions de tel langage, maîtriser les méthodes agiles, avoir de l’expérience, avoir plus de 25 ans mais moins de 50. Il sera testé techniquement et ses référence contrôlées. En revanche, le critère du diplôme est moins marqué qu’autrefois. Notre rôle consiste souvent à faire revenir les employeurs à plus de réalisme quant à leurs attentes, cloclut un recruteur.