Rien ne va plus dans le réseau des franchisés Xefi. Après des années de relations en apparence au beau fixe, la cote d’amour entre Xefi et ses quelque 160 franchisés (sur les quelque 180 agences que compte le groupe) est en train de s’émousser sensiblement. Un désamour qui se traduit par des ouvertures de franchises en chute libre, une explosion des défections et des litiges, et un état d’écœurement, voire de grande détresse, pour une partie d’entre eux.
En cause : le modèle Xefi, dont beaucoup constatent qu’il n’est pas aussi efficient que vanté. Certes, une minorité de franchisés – souvent les premiers entrés dans le réseau il y a une dizaine d’années – affiche une réussite exemplaire. Ces pionniers sont d’ailleurs abondamment cités en exemple et mis à contribution pour susciter de nouvelles vocations. Mais la plupart des autres arrivent tout juste à survivre, s’accordent à dire les franchisés que nous avons interrogés. Et une proportion non négligeable a même mis la clé sous la porte ces derniers mois. « Les franchisés se rendent compte que ce qui leur est vendu est loin de la réalité en termes de CA et de bénéfices », confie l’un d’eux.
À la décharge de Xefi, l’environnement économique de ces deux dernières années n’a pas été des plus favorables. Ainsi, lors de la « Starter » de début janvier, la grande réunion annuelle à laquelle participent tous les salariés et les franchisés du groupe, Xefi a présenté des chiffres 2025 très en-deçà de ses objectifs initiaux : 6% de croissance et seulement 1% de croissance organique, à environ 400 M€ (chiffres non consolidés). Et malgré ses 11 M€ de bénéfices, le groupe a été contraint de puiser à hauteur de 4 M€ dans sa trésorerie en 2025, a déclaré son PDG, Sacha Rosenthal, lors de son dernier webinaire mensuel. Quant à la rentabilité des franchisés, aucun chiffre n’a été dévoilé.
Dans ce contexte morose, Xefi a une nouvelle fois exhorté les franchisés augmenter leur chiffre d’affaires, l’objectif affiché étant de porter les bénéfices du groupe à 18 M€ en 2026. Mais pour beaucoup, le cœur n’y est plus. Autant, les autres années, Xefi parvenait toujours à regonfler le moral de ses troupes lors de la réunion annuelle de janvier en mettant en avant les succès du groupe et en valorisant les valeurs d’engagement des franchisés. Autant, cette année, il n’y avait pas la même ambiance, explique un participant, qui a surtout été frappé par les importantes mesures d’économies annoncées, et l’absence de véritables nouveaux projets. Le seul projet notable dont il a été beaucoup question est celui du nouveau siège social, baptisé « cité de l’IT », qui doit être livré en septembre prochain. Un projet grandiose, portant sur une surface de 17.000 m2, avec piscine et salles de sport, évalué à 60 M€, et dont chacun se demande comment le groupe va bien pouvoir le financer.
Xefi a d’autant plus de mal à rallumer la ferveur de ses franchisés que ces derniers peinent encore à se remettre du dernier coup de massue que l’enseigne leur a infligé fin novembre. Xefi leur a en effet facturé à eux et à leurs clients d’importants frais rétroactifs d’ajouts de licences et de dépassements de quotas de sauvegarde pour l’ensemble de l’année 2025. Certains franchisés se sont ainsi vu réclamer jusqu’à 12 ou 13.000 euros sans aucune justification. De quoi améliorer la marge du groupe mais au détriment de celle des franchisés qui choisissent bien souvent de ne pas répercuter ces hausses de prix déguisées pour ne pas froisser leurs clients.
Ces déconvenues s’ajoutent à une longue liste de griefs plus anciens. Les franchisés pointent ainsi des incidents de sauvegarde récurrents qui se sont traduits dans plusieurs cas par des pertes irréversibles de données. Dans la même veine, l’outil leur permettant de superviser les serveurs et les sauvegardes des clients s’avère défaillant depuis que l’entreprise a choisi d’abandonner RG System à la fin de 2024 au profit d’une solution développée en interne. Autant de dysfonctionnements qui se traduisent par des résiliations clients, témoigne un franchisé ayant récemment repris son indépendance.
Or, c’est un des reproches formulés par les franchisés : ils ont beaucoup de mal à obtenir des avoirs compensant les revenus perdus suite à une résiliation. Résultat : ils continuent bien souvent à payer de leur poche jusqu’à leur terme les contrats résiliés par les clients, Xefi se dédouanant de ses responsabilités. Et personne n’ose faire de vagues de peur de subir des mesures de rétorsion.
Car, c’est un autre aspect de la méthode Xefi dénoncé par nos différents interlocuteurs : à rebours des valeurs de bienveillance et de respect de l’humain prônées par le groupe, les humiliations et les intimidations y sont systémiques. Tous l’attestent : il ne fait pas bon émettre des opinions divergentes ou pointer des dysfonctionnements. On s’expose au mieux à être érigé en anti-modèle et au pire à être banni du réseau. Nombreux sont ceux qui en ont fait les frais. Conséquence : « tout le monde est tétanisé », constate un franchisé.
Et gare à ceux qui rencontrent des difficultés de trésorerie ou qui contestent des factures. Xefi n’hésite pas à faire du chantage à la déconnexion pour les ramener à la raison. À ceux qui peinent à payer leurs échéances, Xefi propose de passer en modèle dit « hybride » : le groupe injecte des liquidités sous forme d’augmentation de capital en échange de 20 % du capital et surtout du contrôle opérationnel du franchisé concerné. Xefi prend ainsi la main sur ses comptes, privant de facto son dirigeant de son pouvoir décisionnaire. Certains se sont ainsi vu imposer une baisse de leur salaire, et contester leurs frais.
Quant à ceux qui espèrent revendre leur entreprise, ils déchantent vite lorsqu’ils réalisent que Xefi dispose d’un droit de préemption dans le cadre du contrat de franchise qui les lie. L’ensemble de leurs contrats clients étant de surcroît opéré par Xefi, ils se retrouvent dans une situation de dépendance ne leur permettant pas de valoriser leur entreprise à la hauteur de son bilan. Plusieurs franchisés historiques à qui Xefi avait fait miroiter un rachat se sont finalement ravisés faute de s’entendre sur le montant de la transaction.
Invité dans l’après-midi à répondre aux reproches formulés à Xefi par ses franchisés, Sacha Rosenthal nous a adressé un mail dans la soirée précisant qu’il ne « voi[t] pas comment [il] pourrai[t] réagir à un article dont [il] ne connai[t] ni la teneur ni l’angle. »
À propos des défections, il invoque une décision de Xefi « d’arrêt[er] certaines franchises » expliquant que le turnover « est une réalité normale dans ce type d’organisation ».
S’interrogeant sur l’intérêt de notre démarche, il nous invite à « entendre une réalité plus large », invoquant le fait que Xefi a été confronté à « une dizaine de situations frauduleuses » et que plusieurs de ces anciens franchisés « condamnés » avaient annoncé qu’ils « chercheraient à faire du bruit et à alerter la presse ».
Il ajoute que depuis des années, Xefi a « sauvé et développé des dizaines d’entreprises grâce à [son] modèle ».
Edit du 18/02/2026 : suite à un post linkedin de Rodolphe Galy-Dejean, représentant du collectif Franchise & Transparence, qui a relayé l’article ci-dessus, plusieurs franchisés Xefi ont pris la parole pour exprimer leur désaccord avec la tonalité de l’article. Nous reproduisons ici le post de Vincent Ressiguier, dirigeant Xefi Brest / Co-gérant Unik Informatique, qui résume bien le sentiment général des franchisés se présentant comme « loyaux » :
« Nous avons deux franchises XEFI et nous ne reviendrons jamais en arrière, nous avons gagné 10 ans dans notre développement. On ne nous vend pas du rêve, on nous propose une méthode claire et assumée : ça fonctionne ! Je ne comprends pas la polémique, nous avons le choix de signer, le deal est clair dès le début. OUI c’est exigeant, OUI c’est beaucoup de travail et de changements, mais OUI ça fonctionne vraiment. Sacha Rosenthal ne fait pas la langue de bois avec nous, c’est efficace et sans concessions, mais c’est comme ça qu’on progresse. Aucun modèle n’est parfait, nous sommes tous des entrepreneurs dans le réseau de franchise, on le sait mieux que quiconque, mais objectivement les résultats sont là, les équipes XEFI sont efficaces et professionnelles. Personnellement et professionnellement c’est un vrai plaisir d’être une agence XEFI j’ai la satisfaction de faire un travail de qualité avec une vraie plus-value pour mes clients. »
DROIT DE RÉPONSE — XEFI (Mise à jour le 21/02/2026)
Conformément à l’article 13 de la loi du 29 juillet 1881 sur la liberté de la presse, le réseau XEFI a exercé son droit de réponse suite à la publication de notre article ci-dessus « Le torchon brûle entre XEFI et ses franchisés ». Ce texte est publié ci-dessous dans son intégralité, sans modification ni commentaire intercalé, tel que transmis par le conseil juridique du réseau XEFI.
Dans les faits, XEFI est une entreprise qui affiche depuis 28 ans une croissance ininterrompue, y compris durant les crises récentes du secteur IT. En 2025, le réseau enregistre encore +6% de croissance, dans un marché pourtant sous tension, et ouvre 9 nouvelles agences. Ce rythme de développement confirme l’attractivité du modèle et sa solidité dans la durée. XEFI réalise aujourd’hui 413 M€ de chiffre d’affaires et poursuit son expansion, en France comme à l’international.
Ces résultats ne relèvent pas du hasard : le modèle est structuré, reproductible, basé sur des standards, des ratios et un accompagnement constant. Lorsqu’il est appliqué, la progression est mécanique. Les chiffres communiqués chaque mois au réseau le démontrent. Les situations individuelles mentionnées dans votre article concernent 5 dossiers, principalement des sujets de recouvrement, et ne reflètent en rien la réalité générale du réseau.
Vous mentionnez une rentabilité de 11 M€. Dans les faits, malgré un contexte économique difficile sur le marché IT, XEFI maintient une trajectoire positive et vise 18 M€ à horizon 2026. Cette ambition repose sur des projets structurants : intelligence artificielle, sécurité des données, industrialisation des services, et lancement de YOTTACITY, la Cité de l’IT et de la performance, un outil stratégique regroupant centre de formation, amphithéâtre, espace partenaires et vitrine technologique. Son objectif : renforcer directement les compétences, la crédibilité et l’attractivité des agences.
Les régularisations liées aux sauvegardes correspondent à des consommations réelles. La transition d’une solution externe vers une solution interne a entraîné une régularisation annuelle exceptionnelle en 2025. Le retour au fonctionnement trimestriel est programmé. Le taux de résiliation clients reste marginal et aucune hausse significative n’a été observée lors de cette transition.
Les accusations d’« intimidations » ou de « bannissements » sont infondées. Le contrat de franchise est conclu pour une durée déterminée : chaque partie est libre de le renouveler ou non, comme dans n’importe quel réseau. S’il existait une logique coercitive, XEFI ne compterait pas 167 franchisés à date, avec un fort développement international en cours.
Le modèle « hybride » est un levier de performance qui permet d’accélérer la croissance, la rentabilité et le chiffre d’affaires des agences qui l’adoptent. Il apporte un accompagnement renforcé, un pilotage structuré et une discipline opérationnelle qui produisent des résultats plus rapides et plus durables. Le franchisé reste majoritaire et conserve le contrôle juridique de sa société. C’est un outil de progression accélérée, choisi, contractualisé et pensé pour faire grandir les agences plus vite.
Comme dans tout pacte d’associés, certaines règles encadrent le fonctionnement, notamment les salaires des dirigeants. C’est un mécanisme standard dans n’importe quel pacte, conçu pour garantir une répartition saine de la valeur créée. Il ne s’agit ni d’une contrainte ni d’une spécificité XEFI, simplement d’un élément de stabilité.
Dans un souci de transparence, Sacha Rosenthal a invité le journaliste à se rendre au siège afin d’observer le fonctionnement du réseau, comprendre le modèle et échanger directement avec les équipes.
Le droit de préemption évoqué est une clause classique en franchise : il permet simplement au franchiseur de s’aligner sur une offre tierce, sans fixer de prix ni empêcher une cession au marché. Un franchisé peut exploiter sous sa propre enseigne à l’issue du contrat.
Une agence opérant sous enseigne XEFI ne se valorise pas comme une structure indépendante : bénéficier d’une marque nationale, d’accords fournisseurs, d’un marketing mutualisé, d’une puissance commerciale et d’un historique de performance modifie naturellement la valorisation. Quitter le réseau signifie renoncer à ces avantages ; c’est un choix entrepreneurial, non une contrainte.
Le développement continu du réseau, la progression du chiffre d’affaires, les 9 ouvertures 2025, la stabilité du nombre de franchisés et les investissements engagés démontrent la solidité du modèle XEFI. En généralisant quelques cas individuels et en occultant ces éléments factuels, votre article donne une lecture partielle et déformée de la réalité économique du réseau.