Malgré l’explosion des investissements dans l’intelligence artificielle, les entreprises américaines hors secteur technologique n’en retirent toujours aucun bénéfice financier mesurable, selon une analyse d’Apollo Global Management. Un constat qui rejoint les récentes mises en garde d’IDC et de Gartner sur les coûts et la rentabilité des projets d’IA.

L’intelligence artificielle tarde à tenir ses promesses économiques. Dans une nouvelle analyse, Torsten Slok, économiste en chef d’Apollo Global Management, souligne le contraste entre les performances des sept géants technologiques américains (Alphabet, Amazon, Apple, Meta, Microsoft, Nvidia et Tesla) et celles des 493 autres entreprises de l’indice S&P 500.

Chez les premiers, le chiffre d’affaires par salarié est passé d’environ 550 000 dollars en 2022 à près de 800 000 dollars en 2026. Il stagne autour de 550 000 dollars depuis 2019 pour les autres. Même divergence concernant les marges bénéficiaires, en forte progression pour les géants technologiques mais quasiment inchangées dans le reste de l’économie. Apollo ne décèle pas davantage d’accélération de la productivité imputable à l’IA.

« Faute d’impact sur leurs résultats, les entreprises américaines traditionnelles commencent à considérer leurs dépenses en tokens non plus comme une source de croissance, mais comme un centre de coûts qui pèse sur leurs marges », observe Torsten Slok. D’autant que ces entreprises n’ont pas nécessairement besoin des modèles les plus avancés et rechignent à en payer le prix.

Ce décalage entre investissements et résultats ressort également d’une récente étude d’IDC. Le cabinet relève que 69% des organisations constatent un écart significatif entre leurs dépenses d’IA et les résultats financiers obtenus. Seules 15% déclarent un retour sur investissement supérieur à 100%, tandis que 73% considèrent les coûts de l’IA comme un risque majeur.

Gartner multiplie également les avertissements. Le cabinet prévoit que plus de 40% des projets d’IA agentique seront abandonnés d’ici fin 2027, en raison de coûts croissants, d’une valeur métier incertaine ou de contrôles insuffisants. Il anticipe aussi que 70% des entreprises délaisseront d’ici 2028 les agents IA développés avec l’aide d’ingénieurs déployés chez leurs clients (Forward Deployed Engineers), notamment pour des raisons de coûts et de dépendance à des expertises externes.

Pour Apollo, l’enjeu est désormais de convertir la baisse attendue du coût des modèles en gains de productivité et de rentabilité tangibles. « L’avenir de l’IA se jouera dans les 493 autres entreprises du S&P 500, pas chez les sept géants technologiques », conclut Torsten Slok. Un changement d’échelle dont les premiers effets économiques restent encore à concrétiser.