Cisco annonce une nouvelle réduction de ses effectifs. L’équipementier prévoit de supprimer près de 4.000 postes au cours du quatrième trimestre de son exercice 2026, soit environ 5% de son effectif mondial. Les notifications ont débuté le 14 mai, selon un message adressé aux salariés par Chuck Robbins, son PDG. L’entreprise présente l’opération comme une réallocation de ressources vers ses priorités de croissance : les semi-conducteurs, l’optique, la cybersécurité et l’intelligence artificielle.

L’annonce intervient pourtant dans un contexte de très forte activité. Cisco vient de publier un chiffre d’affaires record de 15,8 Md$ pour son troisième trimestre fiscal 2026 (clos fin avril), en hausse de 12% sur un an, et un bénéfice net de 3,4 Md$, en progression de 35%. Les commandes de produits ont bondi de 35%, portées notamment par les hyperscalers. L’équipementier relève dans la foulée ses objectifs annuels et table désormais sur 62,8 à 63 Md$ de revenus sur son exercice 2026.

Cisco lie explicitement cette restructuration à l’accélération de la demande en infrastructures pour l’IA. L’entreprise dit avoir engrangé 5,3 Md$ de commandes liées aux infrastructures IA auprès des hyperscalers depuis le début de l’exercice, et vise désormais 9 Md$ sur l’année, contre 5 Md$ anticipés jusque-là. Au seul troisième trimestre, ces commandes ont représenté 1,9 Md$, contre 600 M$ un an plus tôt.

Mais le discours mérite d’être nuancé. Cisco ne démontre pas que l’IA supprime directement ces emplois. Dans ses éléments financiers, le groupe parle d’un « réalignement » de ses ressources pour capter de nouvelles opportunités, non d’un remplacement massif de salariés par des outils d’automatisation. Le plan s’accompagnera d’ailleurs d’une charge pouvant atteindre 1 Md$, dont 450 M$ dès le quatrième trimestre fiscal 2026, essentiellement liée aux indemnités de départ et autres coûts de restructuration.

L’argument avancé par Cisco apparaît d’autant plus discutable que les suppressions de postes sont annoncées après un trimestre record et en pleine révision à la hausse des objectifs annuels. Les chiffres publiés montrent surtout que l’IA tire fortement la demande et les investissements du groupe, sans établir qu’elle serait la cause directe de ces licenciements.

L’IA apparaît ainsi surtout comme l’habillage stratégique d’un plan visant à préserver la rentabilité tout en finançant les priorités de croissance du groupe. Cisco n’est d’ailleurs pas un cas isolé : les restructurations justifiées, au moins en partie, par la montée en puissance de l’IA se multiplient dans la tech, comme l’ont encore montré les exemples récents d’Amazon, Meta ou encore IBM.