L’État a finalisé le 31 mars le rachat de Bull, l’activité de calcul avancé cédée par Atos, pour une valeur d’entreprise pouvant atteindre 404 millions d’euros, dont 104 millions d’euros de compléments de prix. Avec cette opération, l’État met la main sur une activité jugée stratégique pour la souveraineté technologique nationale dans les domaines du calcul haute performance, de l’intelligence artificielle et du quantique.
Bull emploie aujourd’hui plus de 3 000 personnes, dont environ la moitié en France, et a réalisé un chiffre d’affaires d’environ 720 millions d’euros en 2025. L’entreprise conserve en particulier à Angers la seule usine européenne de supercalculateurs, un actif industriel qui adresse aussi bien les besoins de la défense et de la recherche que ceux liés à l’entraînement des modèles d’IA
Pour Emmanuel Le Roux, directeur général de Bull, l’opération marque « une étape déterminante » et doit permettre à l’entreprise de renforcer sa position sur « l’ensemble de la chaîne de valeur du calcul intensif, de l’informatique quantique et de l’intelligence artificielle ». Le dirigeant met également en avant une chaîne intégrée « de la conception à la fabrication » et la capacité du groupe à fournir des technologies souveraines dans un marché en recomposition rapide.
Cette reprise intervient à un moment où le calcul intensif change d’échelle sous l’effet conjoint de l’IA, des besoins de simulation scientifique et des rivalités technologiques entre grandes puissances. Bull permet de rester dans la course, comme en témoigne la livraison réussie du supercalculateur JUPITER, installé à Jülich en Allemagne, devenu le premier système exascale européen et au quatrième rang mondial. Elle accompagne aussi le lancement de la construction d’Alice Recoque, qui sera le premier supercalculateur exascale en France, implanté au Très Grand Centre de calcul du CEA à Bruyères-le-Châtel.
Pour l’État, le rachat de Bull vise ainsi autant à préserver des compétences et des capacités industrielles critiques qu’à conforter la place de la France dans les grands programmes européens de calcul intensif. Pour Atos, il marque une nouvelle étape de son recentrage et clôt l’aventure des supercalculateurs, initiée avec le rachat de Bull en 2014.