Le géant étatsunien des datacenters a perdu 50% de sa valeur en décembre 2025. La firme accuse une perte de valorisation de 400 milliards de dollars. Pour Théophile Bellouard, VP Altitude chez AXA Climate, au-delà de l’éclatement possible de la bulle IA, Oracle n’a pas suffisamment pris en compte la soutenabilité dans sa stratégie : « Alors que le monde financier a les yeux rivés sur la santé d’Oracle et sur celle d’Open AI, il se pourrait bien que l’avenir de l’IA se joue sur des considérations beaucoup plus terre à terre ».
« Comme d’autres géants de la tech, Oracle a installé nombre de ses serveurs au Texas », constate Théophile Bellouard, dans un post publié sur LinkedIn. « Le Texas s’est très tôt positionné comme un Etat-clé dans la course à l’IA, en offrant aux entreprises tech une électricité bon marché et une règlementation assez permissive sur les forages d’eau. Résultat : le Lone Star State compte 400 datacenters et plus de 70 en construction, dont certains aussi grands que Central Park, soit la superficie du 11ème arrondissement de Paris ». Par ailleurs, « l’économie texane est florissante et la population augmente de 10% tous les 10 ans ».
Cependant, c’était sans compter l’urgence climatique. Le Texas connait des alternances d’inondations et de sécheresse qui s’accélèrent. « L’été dernier, des inondations-éclair ont retardé la construction d’un des mega-data centers d’Oracle. Elles pourraient à l’avenir causer des dommages critiques sur les infrastructures de stockage des données », prévient Théophile Bellouard.
En parallèle, « les épisodes de sécheresses sont toujours plus importants : un quart du Texas – dont le climat est chaud et sec – a connu une situation de sécheresse en 2025 ».
« Le problème, c’est que de l’eau, l’IA en consomme beaucoup », rappelle Théophile Bellouard. « Pour refroidir les datacenters mais aussi pour refroidir les centrales électriques qui alimentent ces datacenters. Et ce 24h/24. Actuellement, cela représente 0,4% de l’eau utilisée au Texas. Mais la demande pourrait être multipliée par 7 d’ici à 2030 seulement ».
Pour lui, « tous les ingrédients du cas d’école du conflit d’usage de la ressource sont réunis ».
Et de rappeler une notion mise de côté par les tenants d’une croissance illimitée : « Toute activité économique repose avant tout sur les ressources de la planète et sur notre capacité à les préserver ».
L’économiste Kenneth Boulding le disait déjà en son temps : « Celui qui croit que la croissance peut être infinie dans un monde fini est soit un fou, soit un économiste ».