Moonshot AI et Alibaba lancent tour à tour Kimi 3, le 16 juillet 2026, et Qwen 3.8, le 19 juillet 2026. Développé par la start-up pékinoise Moonshot AI, Kimi K3 est un modèle ouvert d’intelligence artificielle, de 2.800 milliards de paramètres. A capacité équivalente, ses tarifs sont jusqu’à 70% inférieurs à ceux de Claude Fable 5. Il faut savoir que la jeune pousse Moonshot AI est adossée au géant Alibaba, à raison de 36%. Quant au modèle de langage Qwen 3.8, revendiquant 2.400 milliards de paramètres, il a été développé directement par Alibaba. Le géant chinois de la tech soutient donc financièrement deux modèles d’IA supposément rivaux.

Selon Sébastien Lescop, le directeur général de Cloud Temple, ces deux lancements consécutifs sont une opportunité pour les entreprises européennes : « La vraie nouvelle n’est pas qu’un modèle chinois rivalise avec les meilleurs modèles américains. C’est que la performance de pointe devient ouverte, et deux à trois fois moins chère ». Et d’ajouter qu’ « un modèle ouvert n’est pas un avantage en soi, c’est une matière première. Sa valeur naît de ce qu’on en fait : choisir le bon modèle pour le bon usage, l’héberger sur une infrastructure maîtrisée et pouvoir l’auditer. Car le biais n’a pas de drapeau. Qu’il soit chinois, américain ou européen, il peut être décisif pour un assistant d’aide à la décision et plus secondaire pour du développement logiciel. L’ouverture a aussi un prix d’entrée : un modèle de 2 800 milliards de paramètres ne tient pas sur une carte graphique. Il suppose une véritable infrastructure cloud. La souveraineté ne consiste pas à se méfier de l’innovation mais à avoir les moyens de la transformer en maîtrise ».

« La prochaine bataille de l’IA ne se gagnera pas uniquement sur la puissance des modèles. Elle se jouera sur la capacité à transformer ces modèles en produits simples, fiables, sécurisés et parfaitement intégrés aux usages des entreprises », commente pour sa part Jean-François Deldon, le fondateur et gérant de Yakadata qui conseille des PME en matière de choix d’IA. « L’ouverture des modèles chinois pourrait permettre à un nouvel écosystème d’éditeurs de logiciels de construire des solutions souveraines, adaptées aux besoins locaux, tout en s’appuyant sur des briques technologiques parmi les plus performantes du marché. Demain, une PME française pourra très bien utiliser une solution développée par un acteur européen, respectant les exigences réglementaires locales, alors que le moteur d’intelligence artificielle sous-jacent sera un modèle open source chinois. Et l’utilisateur n’aura probablement même pas conscience de cette architecture. En réalité, le modèle devient progressivement une commodité. La valeur, elle, remonte vers l’expérience utilisateur, l’intégration métier et la confiance », estime-t-il. « La grande majorité des TPE et PME ne choisiront pas entre Kimi K3, GPT ou Claude. Elles choisiront un logiciel capable de répondre à leurs besoins, rédiger des devis, automatiser leur relation client, analyser leurs données ou assister leurs collaborateurs. Autrement dit, elles continueront d’acheter une expérience utilisateur, pas un modèle d’IA ».

Contrairement aux grands modèles propriétaires étasuniens, Kimi K3 prévoit de rendre ses poids publics, le 27 juillet prochain. L’objectif de Moonshot AI est permettre à des entreprises dans le monde entier de les déployer, les adapter et construire leurs propres solutions. L’entreprise n’a cependant pas encore détaillé la licence qui accompagnera cette publication à venir.