Tandis que les directeurs généraux de quatre des plus grands hôpitaux publics de France viennent de publier une tribune dans Les Echos pour décrire la « perte de contrôle lente et peu spectaculaire » des infrastructures et données médicales françaises, Alain Garnier, le fondateur et CEO de Jamespot, s’entretient avec Channelnews sur un avenir numérique plus désirable pour le secteur français de la santé en général, et sur l’adoption grandissante de sa plateforme collaborative souveraine en particulier.

Channelnews : Pouvez-vous revenir sur les points soulevés par les directeurs de l’Assistance Publique – Hôpitaux de Paris (AP-HP), des Hospices Civils de Lyon (HCL), de l’Assistance Publique – Hôpitaux de Marseille (AP-HM) et du CHU de Nantes qui sonnent l’alarme ?

Alain Garnier : Pour résumer, je dirais qu’ils sortent du bois sur la problématique de la souveraineté numérique et demandent à ce que la dépendance numérique en santé soit traitée comme un enjeu de sécurité nationale. En effet, il existe un risque réel que les hôpitaux publics perdent progressivement la maîtrise de leurs systèmes d’information mais leurs directeurs savent aussi que la souveraineté numérique est souhaitable et possible. 

Channelnews : Comment cette volonté de reprendre la main se traduit-elle concrètement sur le terrain ?

Alain Garnier : Je peux donner l’exemple de l’un de nos clients : le GHT Bourgogne Méridionale. Ce groupement hospitalier de territoire réunit cinq établissements publics et près de 4.000 agents. Dans le cadre de la convergence de ses outils numériques, il a choisi de déployer notre plateforme collaborative française, après une première approche avec SharePoint jugée trop lourde à mettre en œuvre. Dans un contexte marqué par la multiplication des cybermenaces, la sensibilité croissante des données hospitalières et la dépendance historique à de grands éditeurs extra-européens, le GHT Bourgogne Méridionale souhaitait privilégier des solutions souveraines et davantage maîtrisées. Le DSI de l’hôpital de Mâcon, Jean-Christophe Tamboloni, nous a dit que le caractère français de la plateforme, son hébergement et sa capacité à s’intégrer dans l’environnement numérique existant, avaient constitué des critères importants dans le choix de Jamespot, la nouvelle solution collaborative.

Channelnews : Une étude récente révèle que, sur 400 milliards d’euros par an de services numériques achetés en Europe, plus de 80% vont encore à des fournisseurs étatsuniens. Dans un tel contexte, comment les hôpitaux français peuvent-ils réduire leur dépendance numérique, selon vous ? 

Alain Garnier : Infléchir cette tendance n’est pas compliquée. Les outils métiers des grands éditeurs internationaux coûtent chers et les hôpitaux publics ont des moyens limités pour s’équiper numériquement et former un personnel sous pression qui jongle déjà avec des dizaines d’outils numériques au quotidien. Notre solution est plus simple à déployer que celles de Microsoft ou de Google, plus simple à paramétrer, à utiliser et surtout plus sûre. Elle est certifiée HDS (Hébergeur de Données de Santé). Le choix de logiciels français et européens se fait progressivement, avec le bouche à oreille. Les directions informatiques se parlent entre elles de ce qui fonctionne dans le secteur de la santé. Elles voient le Health Data Hub migrer de Microsoft vers un hébergement souverain cette année. Elles constatent que notre architecture permet depuis 2020 de faire cohabiter l’intranet centralisé de la CNAM (la Caisse nationale d’assurance maladie) en plus de ses 56 intranets locaux. Je constate un effet boule de neige au sein des hôpitaux qui optent de plus en plus pour des solutions souveraines.

Channelnews : Il est beaucoup question d’interopérabilité dans la tribune des directeurs d’hôpitaux publics. Qu’avez-vous à dire là-dessus ?

Alain Garnier : A ce sujet, nous avons co-créé un livre blanc avec l’association Hexatrust qui répond à plusieurs idées reçues. Nous sommes un ‘challenger’ donc notre solution est interopérable depuis nos débuts en 2005. Cela a d’ailleurs été un critère de choix important pour Jean-Christophe Tamboloni, le directeur du service informatique du GHT Bourgogne Méridionale, qui apprécie que la plateforme soit accessible en mode web car cela simplifie les intégrations avec l’environnement existant.

Channelnews : Comment migrer d’une solution extra-européenne connue vers la solution souveraine d’un acteur francilien moins connu, sans se heurter à des objections d’utilisateur·rice·s ? 

Alain Garnier : Nous avons des outils et une méthodologie qui structurent tout le projet de migration. Comme les professionnels du déménagement, nous expliquons d’emblée comment nous allons nous y prendre pour rassurer sur nos capacités. Du paramétrage à la formation des équipes, toutes les questions qui pourraient fâcher sont traitées. Les exemples ne manquent pas pour montrer les migrations réussies. Je pense notamment à l’hôpital de Vannes ou à celui de Cornouaille à Quimper. Nous prônons une migration en douceur, en gardant les deux solutions disponibles – l’ancienne et la nouvelle – pendant 2 à 3 mois afin que tout le monde ait le temps de prendre ses marques, sachant qu’il ne faut qu’une vingtaine de jours pour se départir d’une habitude numérique, même si elle est bien ancrée.