Après deux années de net ralentissement, le marché français du numérique devrait retrouver une croissance plus soutenue en 2026. Selon le nouvel Observatoire semestriel de conjoncture de Numeum, réalisé avec Xerfi, le secteur devrait progresser de 3% cette année, après +1,8% en 2025. Une amélioration qui marque une sortie de la zone de turbulences, sans pour autant signer un véritable rebond.
La reprise reste très contrastée selon les métiers. Les éditeurs de logiciels et plateformes demeurent les principaux moteurs du marché, avec une croissance attendue de 6,2% (30,9 Md€ de CA), portée par le SaaS, le cloud et les premiers relais liés à l’intelligence artificielle. Les ESN repasseraient pour leur part en territoire positif, à +1% (34,6 Md€ de CA), après une année 2025 marquée par un recul de -2,1% de leur activité. Le conseil en technologies resterait quasiment stable, à +0,2% (7,7 Md€ de CA).
Numeum souligne toutefois que l’attentisme des donneurs d’ordres continue de peser sur la reprise. Les incertitudes géopolitiques et économiques conduisent de nombreuses entreprises à reporter certains projets ou à allonger leurs délais de décision. Les budgets se concentrent désormais sur quelques priorités : cybersécurité, conformité réglementaire, optimisation des dépenses contraintes et IA productive.
La pression sur les prix et la dégradation des marges constituent un autre point de vigilance. Selon l’étude, 35% des ESN et 18% des éditeurs anticipent une baisse de leur marge opérationnelle au premier semestre 2026. Le secteur reste confronté à un effet de ciseaux entre hausse des coûts, investissements technologiques et exigences tarifaires accrues de la part des clients.
Après l’euphorie post-Covid, qui avait permis la création de plus de 100.000 emplois en trois ans, l’emploi numérique entre dans une phase plus sélective. Les effectifs reculent pour la deuxième année consécutive (-1,8 % entre 2023 et 2025) et les recrutements ralentissent, notamment chez les jeunes diplômés.
À ce stade, l’IA ne pèse pas encore directement sur les volumes d’emploi, mais transforme déjà les métiers, les compétences et l’organisation du travail. Elle apparaît plus largement comme un relais de croissance et un facteur de recomposition du secteur. L’IA représente déjà 12,3 % du chiffre d’affaires des éditeurs et 9,8 % de celui des ESN, même si les gains de productivité attendus restent encore difficiles à convertir en marges.
Dans ce contexte, Numeum appelle les entreprises et les pouvoirs publics à ne pas différer les investissements numériques, au risque d’accentuer le retard de transformation. « Le retour, même timide, de la croissance dans les services est un signal encourageant, mais il ne suffira pas si les décideurs continuent de temporiser », souligne le nouveau président de Numeum Mehdi Houas.