La start-up française Pasqal franchit un cap dans son développement en annonçant un financement d’au moins 340 millions d’euros destiné à accompagner son projet d’introduction en Bourse. Spécialisée dans l’informatique quantique à atomes neutres, l’entreprise entend changer d’échelle et se positionner parmi les acteurs mondiaux majeurs du secteur.

Cofondée en 2019 par plusieurs chercheurs, dont le prix Nobel de physique Alain Aspect, la société est basée à Palaiseau, dans l’Essonne. Elle avait déjà levé 100 millions d’euros en janvier 2023 afin d’accélérer le développement de son ordinateur quantique.

L’opération annoncée combine une levée de fonds privée de 170 millions d’euros déjà finalisée et un financement convertible d’un montant équivalent, soit un total attendu d’au moins 340 millions d’euros. Ces capitaux doivent préparer l’entrée en Bourse de l’entreprise, avec une double cotation envisagée au Nasdaq et à Euronext Paris.

Pour réaliser cette première cotation aux États-Unis, Pasqal prévoit de fusionner avec le SPAC (Special Purpose Acquisition Company) Bleichroeder Acquisition Corp. II, une structure d’acquisition cotée conçue pour faciliter l’accès au marché. L’opération, qui reste soumise à l’approbation des actionnaires et des autorités réglementaires, pourrait être finalisée au second semestre 2026 et valoriser la société autour de 2 milliards de dollars. Cette valorisation ferait de Pasqal la première licorne française du quantique. Menée en parallèle, la cotation sur Euronext suivrait en 2026 ou 2027.

Le financement mobilisé associe plusieurs investisseurs internationaux, parmi lesquels Parkway, Quanta Computer, LG Electronics et CMA CGM, rejoints par des partenaires historiques tels que Temasek, l’EIC Fund, Saudi Aramco ou encore Isai. Les capitaux levés doivent permettre d’accélérer la feuille de route technologique et industrielle de l’entreprise dans un secteur où les cycles de développement sont particulièrement capitalistiques.

Pasqal emploie plus de 275 personnes et revendique déjà plus de 25 clients, parmi lesquels CMA CGM, OVHcloud, Thales, IBM (dont elle a rejoint le réseau IBM Quantum Network), NVIDIA et Sumitomo. L’entreprise prévoit de renforcer ses capacités de recherche et développement, d’augmenter la production de ses systèmes quantiques et d’étendre sa présence commerciale à l’international, avec l’ambition de mettre au point d’ici la fin de la décennie un ordinateur quantique tolérant aux fautes.

Cette stratégie s’inscrit dans un contexte de compétition mondiale croissante autour des technologies quantiques, déjà porté par plusieurs entreprises cotées aux États-Unis comme IonQ, D-Wave ou Rigetti et des géants comme IBM et Google. En optant pour une double cotation, Pasqal cherche à accéder aux marchés financiers internationaux tout en conservant un ancrage européen. La gouvernance envisagée pour l’entité issue du rapprochement prévoit ainsi la nomination d’un président non exécutif de nationalité française, tandis que l’entreprise devrait conserver son statut juridique français et son siège social à Palaiseau.

Pasqal s’inscrit par ailleurs dans un écosystème français du quantique particulièrement dynamique. Aux côtés de la société figurent plusieurs jeunes pousses issues de la recherche académique, comme Alice & Bob, qui développe des qubits dits « cat » pour réduire les erreurs, Quandela et ses processeurs quantiques photoniques accessibles dans le cloud, ou encore C12 et Quobly, qui explorent des architectures reposant respectivement sur les nanotubes de carbone et les technologies issues du silicium.

Soutenues par la stratégie nationale pour le quantique et par plusieurs programmes européens, ces jeunes pousses constituent aujourd’hui le socle de la filière française du calcul quantique et nourrissent l’ambition de faire émerger en Europe une alternative crédible aux géants du secteur.