Samsung Electronics a frôlé mercredi 20 mai le conflit social le plus lourd de son histoire. Après l’échec d’une nouvelle médiation salariale, son principal front syndical avait confirmé le lancement d’une grève générale de 18 jours, du 21 mai au 7 juin, susceptible de mobiliser près de 48.000 salariés. Le mouvement a finalement été suspendu dans la soirée après la conclusion d’un accord provisoire, encore soumis au vote des adhérents.

Le bras de fer portait avant tout sur le partage des profits tirés de l’essor du marché des mémoires. Les syndicats réclamaient la suppression du plafond limitant les bonus à 50% du salaire annuel, ainsi que l’affectation de 15% du bénéfice opérationnel à une enveloppe de primes. Ils demandaient aussi une répartition plus homogène de cette enveloppe entre les activités mémoire, très rentables, et les autres. Des revendications nourries par la comparaison avec le concurrent SK hynix, qui a supprimé son plafond de bonus et affecte 10% de son résultat opérationnel à l’intéressement.

En Corée du Sud, la perspective d’une paralysie prolongée avait suscité une vive inquiétude. Samsung représente près d’un quart des exportations du pays et la Banque de Corée aurait évalué à 0,5 point de croissance l’impact potentiel d’un scénario de grève généralisée. Le gouvernement avait même laissé planer la possibilité d’une procédure exceptionnelle de réquisition pour empêcher un arrêt durable du travail.

L’alerte dépassait toutefois largement le cadre national. Samsung est l’un des trois piliers mondiaux de la mémoire avec SK hynix et Micron, sur un marché déjà tendu par l’essor des infrastructures d’IA. Une désorganisation durable de ses sites aurait pu perturber l’approvisionnement en DRAM, NAND et mémoires à haute bande passante, avec des répercussions possibles sur les serveurs, les PC, les smartphones et les accélérateurs d’IA.

La conclusion d’un accord provisoire écarte donc, pour l’heure, le scénario d’un choc industriel majeur. Mais l’épisode illustre la sensibilité croissante de la chaîne technologique mondiale à quelques acteurs clés de la mémoire, au moment même où l’essor de l’IA accroît fortement la pression sur leurs capacités de production.