Le secteur de la tech fait face à des tensions sur les ressources critiques et à une inflation des prix des composants. Pour y faire face, le Cigref, en partenariat avec l’Institut du Numérique Responsable (INR), publie un rapport intitulé « L’approche low-tech au service de la résilience numérique des organisations : stratégies d’adaptation face aux fluctuations ». Le rapport affirme que la low-tech n’est pas un retour en arrière mais une démarche de discernement technologique : « Il ne s’agit pas d’opposer la « high-tech » à la « low-tech » mais de trouver le bon curseur pour chaque usage ».
S’appuyant sur une méthode prospective conduite avec le soutien de la revue Futuribles, l’étude identifie les menaces les plus susceptibles d’affecter les entreprises et leurs systèmes numériques, analyse les atouts et les limites des principes low-tech face à ces enjeux et formule des recommandations.
Trois scénarios de rupture à horizon 2035-2040 sont définis par le groupe de travail au regard de la dépendance accrue aux technologies numériques, ainsi que de leur forte probabilité d’occurrence :
- Scénario 1 : l’emballement des conflits mondiaux entraîne des ruptures d’approvisionnement technologique majeures (semi-conducteurs, métaux critiques), aggravant la situation de multi-dépendance critique de l’Europe
- Scénario 2 : la croissance explosive des usages numériques, dopée par l’essor fulgurant de l’IA générative et agentique, contraint à un rationnement énergétique et hydrique conduisant les autorités publiques à imposer des quotas d’usage
- Scénario 3 : l’intensification des phénomènes climatiques extrêmes occasionne de plus en plus de dégâts matériels sur les infrastructures numériques et énergétiques, impactant directement la continuité des services numériques
L’élaboration de ces scénarios s’appuie sur des événements en cours ou passés : ruptures d’approvisionnement en semi-conducteurs, hausse des prix des composants pesant sur les budgets des DSI, délestage ou panne énergétique d’ampleur, infrastructures détruites par des événements climatiques générant l’arrêt temporaire d’activités. A titre d’exemples : les restrictions chinoises actuelles sur l’exportation de métaux essentiels comme le gallium et le germanium en réponse aux tarifs douaniers étatsuniens ; l’envolée des prix de la mémoire RAM de +40% à +60% cette année ; le black-out du 28 avril dernier dans la péninsule ibérique.
Le Cigref rappelle que l’approche low-tech est guidée par trois principes fondamentaux : garantir des outils simples et appropriables par le plus grand nombre et économiquement viables, se concentrer sur les besoins essentiels des métiers et des utilisateur·rice·s ainsi que favoriser des solutions robustes, réparables et moins gourmandes en ressources. Elle permet de répondre à plusieurs enjeux stratégiques : l’amélioration de la résilience avec des systèmes moins complexes à maintenir en condition opérationnelle face à des crises ou des ruptures de chaîne d’approvisionnement, la réduction de l’empreinte carbone en prolongeant la durée de vie des équipements et en luttant contre l’obsolescence logicielle, et la maîtrise des coûts en simplifiant les architectures et en limitant la dérive des services cloud ou SaaS non essentiels.
Le rapport propose des pistes concrètes pour intégrer la pensée low-tech au sein des directions numériques : valoriser l’existant en privilégiant la maintenance et l’évolution des systèmes en place grâce aux compétences internes plutôt que leur remplacement systématique, questionner le besoin dès la conception et favoriser l’écoconception logicielle pour réduire la charge inutile sur les infrastructures et les terminaux.
Selon le rapport du club informatique des grandes entreprises françaises, « il s’agit de passer d’une logique de performance par la puissance technologique à une logique de performance par la robustesse et la résilience ».