Spie France passe à l’échelle dans l’IA générative. Le groupe annonce l’ouverture de son Hub IA à l’ensemble de ses 16.300 salariés. Son objectif, faire de l’IA un outil de productivité, d’automatisation et d’innovation au service des métiers.
Développé par Spie ICS, sa filiale de services numériques, ce projet est né il y a trois ans d’un premier besoin interne : disposer d’un équivalent sécurisé de ChatGPT sans dépendre des licences coûteuses des grands éditeurs. D’abord simple assistant généraliste, cette première brique a ensuite évolué vers une véritable plateforme agentique à partir d’avril 2025, retrace François Guéno, directeur de l’innovation et de la R&D de Spie ICS, qui a supervisé le projet (photo).
Cette dimension agentique recouvre trois niveaux. Premier étage de la fusée, des agents conversationnels spécialisés, capables par exemple de répondre aux questions RH des collaborateurs, d’aider à renseigner des réponses RSE dans les appels d’offres ou d’assister des techniciens dans leurs tâches quotidiennes.
Deuxième étage, des cascades d’agents, qui s’enchaînent pour traiter des problèmes plus complexes. François Guéno cite notamment un outil de préanalyse contractuelle reposant sur une petite dizaine d’agents spécialisés qui se répondent entre eux avant relecture par un juriste.
Troisième étage enfin, la connexion du Hub IA à des logiciels métier via le protocole MCP ou des API classiques. C’est ce qui permet déjà à des architectes de Spie ICS de piloter en langage naturel certains progiciels, ou d’envisager demain des agents dialoguant directement avec des automates industriels.
Pour sa plateforme, Spie ICS a fait le choix de recourir à des inférences à l’usage. Un choix justifié par la volonté de ne pas réserver l’IA à une minorité de salariés. François Guéno oppose ce modèle à celui des abonnements forfaitaires mensuels proposé par la majorité des acteurs du marché, jugés peu adapté à un déploiement massif. Ce choix, fait initialement pour ses propres besoins et qui structure désormais l’offre proposée aux clients, apporte à la fois plus de transparence sur les coûts et plus de liberté dans le choix des fournisseurs et des modèles.
Une souplesse qui répond aussi à la fragmentation du marché. Tous les modèles ne sont pas disponibles chez tous les fournisseurs, rappelle François Guéno, en citant par exemple Claude longtemps associé à Amazon, ou certains modèles OpenAI davantage consommés via Microsoft.
Le Hub IA a donc été conçu pour rester agnostique vis-à-vis à la fois du modèle et du fournisseur d’inférence, afin de pouvoir sélectionner « le bon modèle pour le bon usage », en fonction des performances recherchées, mais également du coût ou de l’impact environnemental.
La plateforme permet ainsi d’accéder à une vingtaine de modèles d’IA générative – y compris celui du Français Mistral – et il est possible de consommer des inférences chez Azure, AWS, OVHcloud ou Scaleway. Dans les cas les plus sensibles, ou les cas d’usage soumis à de fortes contraintes de souveraineté, la plateforme peut même fonctionner sur des serveurs sur site.
Dans ce cas de figure, François Guéno fait valoir que Spie ICS est certifié Nvidia et qu’à ce titre l’ESN dispose du savoir-faire pour implémenter et faire tourner des plateformes d’IA sur les infrastructures du fondeur – même si aujourd’hui, le recours à des serveurs dédiés pour faire tourner localement les inférences reste encore peu demandé.
Autre intérêt majeur de la plateforme, elle a été conçue pour permettre aux collaborateurs de créer eux-mêmes leurs propres agents en associant prompts, corpus documentaires et connecteurs – par exemple pour lancer des recherches approfondies sur internet, scraper un site ou encore se connecter à un SharePoint. Depuis l’ouverture de cette fonction en octobre 2025, plus 400 agents ont déjà été créés chez Spie ICS (sur un périmètre de 3.200 salariés). Un moyen d’abaisser suffisamment la barrière à l’entrée pour que l’agentique ne reste pas l’apanage de quelques experts.