À la suite de l’annonce par TD Synnex de résultats records pour son deuxième trimestre fiscal 2026, clos le 31 mai, le directeur de la division Advanced solutions France, Denis Ferrand-Ajchenbaum, détaille pour nous les tendances et les facteurs de croissance sur le marché français.

Channelnews : TD Synnex a publié des résultats records (+31 % de CA) pour son deuxième trimestre fiscal 2026, clos le 31 mai, après un premier trimestre déjà très bien orienté (+18 % dont + 26 % en Europe). En France, quels sont les principaux moteurs de croissance ?

Denis Ferrand-Ajchenbaum : Le premier moteur, c’est l’infrastructure. On observe un retour très fort de cette catégorie, notamment sous l’effet de l’IA. Tout le monde en veut. Cela crée une forme de course, avec une demande exponentielle sur le calcul. Nvidia est évidemment en tête de cette dynamique, mais ce n’est pas seulement une affaire de GPU. Toute l’infrastructure bénéficie de ce mouvement. Chez nous, Dell, Lenovo ou HPE ne se sont jamais aussi bien portés qu’en ce moment. Là où l’on pouvait anticiper une croissance de 4% ou 5%, on est plutôt au-dessus de 15% depuis le début de l’année. On a vraiment observé une dynamique inhabituelle de l’infrastructure. Une dynamique qu’on a sentie dès le mois de décembre. Décembre peut peser très lourd dans l’année, parfois autour de 30% à 35% du chiffre d’affaires. Normalement, après un bon mois de décembre, on observe une baisse d’activité les mois suivants. Cette année, la demande est restée constante.

Comment analysez-vous cette croissance soutenue ? Est-ce l’effet de l’inflation sur les composants dont on parle depuis six mois ?

Pas vraiment. La hausse des prix ne contribue qu’à hauteur d’environ deux points à la croissance de 31 % enregistrée au deuxième trimestre. La croissance vient pour l’essentiel du dynamisme des besoins, notamment d’infrastructures, liés à l’IA, et d’un phénomène d’anticipation des achats, les clients cherchant à sécuriser leurs approvisionnements avant d’éventuelles tensions sur les composants. Lors de sa conférence téléphonique sur les résultats du deuxième trimestre fiscal le 25 juin, Patrick Zammit a affirmé ne pas constater, à ce stade, de destruction de la demande liée à la hausse des prix. Il a reconnu que les hausses de coûts commençaient à se faire sentir et devraient s’accélérer au troisième trimestre, mais a estimé que la demande sous-jacente restait solide, notamment dans les logiciels, la sécurité, le calcul accéléré et les clouds souverains.

Y a-t-il eu d’autres sources de croissance sur le marché français ?

La décision de Broadcom de réduire le nombre de partenaires autorisés à vendre VMware – ils sont passés de 250 partenaires à 34 en France – a généré un important appel d’air. Des partenaires menacés de perdre leur statut ont cherché à sécuriser leur pipeline avant l’échéance. Malgré les critiques et les appels à des alternatives plus souveraines, VMware continue de se vendre.

On a également enregistré une bonne dynamique dans la cybersécurité. On voit en France une sensibilité particulière aux offres européennes ou françaises. Parmi les fournisseurs qui bénéficient de cette tendance, je pense notamment à Stormshield. Nous n’avons jamais vendu autant de firewalls Stormshield qu’en ce moment. Même chose avec HarfangLab, qui fait partie des acteurs qui profitent de cette dynamique sur l’EDR. Ayant la volonté de se renforcer dans le monde de la cybersécurité, on a aussi signé fin d’année dernière Sophos, dont le siège est en Angleterre. La proposition de valeur est solide et, avec environ 1,5 milliard de dollars de chiffre d’affaires mondial, Sophos reste un acteur de petite taille comparé à d’autres acteurs comme CrowdStrike ou Palo Alto. C’est ce qui rend la relation plus facile. On a une possibilité d’évolution et de communication plus aisée.

Enfin, Azure continue de très bien fonctionner pour TD Synnex en France. Nous avons toujours été très bien positionnés sur ce marché et cela continue. Nous sommes autour de 30% de parts de marché, avec un taux de croissance très élevé. Malgré les débats sur le cloud public non souverain, nous ne voyons pas de ralentissement de l’adoption ni de la consommation, même si les nouveaux projets sont davantage challengés.

La croissance européenne a été plus forte au premier trimestre. Comment l’expliquez-vous ?

Il y a probablement eu un effet de rattrapage. Les États-Unis ont souvent anticipé plus tôt leurs besoins d’infrastructure et d’IA, avec une planification plus importante. En Europe, la réaction a pu être plus tardive, mais elle a été plus marquée. En revanche, l’Europe ne bénéficie pas d’un pan important de la croissance que connaissent les États-Unis : l’activité Hyve, structure spécialisée dans la conception, l’intégration et le déploiement à grande échelle d’infrastructures numériques pour les centres de données, notamment pour les hyperscalers.

Comment voyez-vous l’évolution de l’activité au troisième et quatrième trimestre ?

On a une perspective très positive sur le troisième trimestre. Quand on regarde notre pipeline, les projets sur lesquels nous sommes impliqués avec nos partenaires, cela nous laisse penser que Q3 sera encore d’un très bon cru. En revanche, c’est plus difficile à dire pour le quatrième trimestre. Ce qu’on n’arrive pas encore à détecter, c’est s’il va y avoir un phénomène de plateau, si le marché va se saturer à un moment.