2CRSi a vivement réagi aux accusations formulées par Grizzly Research, vendeur à découvert américain qui a publié le 18 juin un rapport très offensif mettant en cause la réalité d’une partie importante de son activité. Le document accuse le fabricant strasbourgeois de serveurs haute performance d’avoir bâti une large part de son redressement sur des revenus et des prévisions « fabriqués » via des parties liées non divulguées. L’attaque a immédiatement déstabilisé le titre, qui a chuté de 43% en Bourse avant que la société ne demande la suspension de sa cotation afin de répondre au marché.
Le rapport de Grizzly cible principalement le rebond de 2CRSi après la cession de Boston Limited, ancienne filiale qui représentait l’essentiel de son chiffre d’affaires. Selon le vendeur à découvert, la croissance américaine du groupe, apparue au moment où cette cession créait un besoin de relais, reposerait sur des contrats douteux, en particulier le contrat-cadre de 610 M$ annoncé en 2024 avec un client alors non identifié, puis une commande de 290 M$. Grizzly affirme avoir identifié ce client comme NewYork GreenCloud, société liée à Joseph Church, un vétérinaire américain, et soutient que cette entité ne disposerait ni de l’expérience ni des moyens nécessaires pour porter les projets de data centers évoqués. Le rapport met également en cause la présentation de certains sites américains, la maturité réelle des projets et les liens entre NYGC et 2CRSi.
Dans une première réponse, 2CRSi a choisi de replacer l’attaque dans le contexte d’une campagne de vente à découvert activiste. Le groupe souligne que Grizzly Capital Management détenait avant la publication du rapport une position vendeuse nette de 0,89% de son capital, soit environ 200.000 titres, et avait donc un intérêt financier direct à la baisse du cours. 2CRSi rappelle que la vente à découvert est licite, mais estime que la diffusion d’informations qu’elle juge fausses ou trompeuses pourrait relever de la manipulation de marché. La société indique avoir saisi l’Autorité des marchés financiers afin qu’elle apprécie la publication de Grizzly.
Dans un second communiqué, publié après un webinaire investisseurs organisé vendredi à 18h, 2CRSi a répondu point par point aux principales accusations. Le groupe réaffirme la réalité de son activité industrielle, rappelle qu’il conçoit et fabrique ses propres serveurs et cite ses sites de Strasbourg, Manchester et Rouses Point (État de New York), ainsi qu’un projet de production en Inde avec Valeo. Il met aussi en avant la certification de ses comptes par Ernst & Young et annonce que son comité d’audit et des risques a été saisi pour examiner les points soulevés.
Sur les incohérences supposées de chiffre d’affaires, 2CRSi explique que Grizzly comparerait deux indicateurs distincts : la répartition du chiffre d’affaires par zone de livraison et celle par zone de facturation. Le groupe précise surtout que le contrat-cadre de 610 M$ n’a donné lieu à aucune facturation sur l’exercice considéré. La croissance nord-américaine proviendrait, selon lui, de commandes distinctes, livrées et payées, portées par la demande de serveurs IA.
Concernant NewYork GreenCloud, 2CRSi confirme une relation commerciale, mais conteste tout lien de contrôle. NYGC serait un client, sans lien capitalistique, participation, mandat social ni fonction de direction exercée par 2CRSi ou par son PDG Alain Wilmouth. Le groupe reconnaît avoir réalisé le site internet de NYGC et certains supports techniques et commerciaux, mais présente ces prestations comme des services facturés à des conditions de marché, pour moins de 100.000 €. Il précise également que ses livraisons sont conditionnées au paiement et que la viabilité financière des projets de NYGC relève de cette dernière.
2CRSi conteste enfin les doutes formulés par Grizzly sur d’autres contrats en Allemagne, à New York et au Canada, assurant qu’ils ont été intégralement livrés et payés.
« 2CRSi conteste avec la plus grande fermeté l’affirmation selon laquelle ses revenus ou ses projections seraient fabriqués. Cette affirmation est démentie par la réalité de son activité industrielle, dont les produits, les clients et les sites sont identifiables et vérifiables, et dont les comptes sont certifiés par les commissaires aux comptes. La Société rejette toute imputation de tromperie délibérée de ses investisseurs, des régulateurs ou de ses commissaires aux comptes », conclut la société.
Le dossier est désormais entre les mains du marché et, potentiellement, du régulateur. En attendant la reprise de cotation prévue lundi à 9h, la séquence fragilise une entreprise qui avait fortement profité de l’engouement autour des serveurs IA, mais qui doit désormais convaincre que sa croissance repose bien sur des commandes réelles et traçables, et non sur le récit dénoncé par le fonds spéculatif.