L’indice européen de résilience numérique (l’EDRIX) publie son rapport trimestriel de mesure de l’évolution de la souveraineté numérique des Etats européens. L’Autriche occupe la première place du classement EDRIX avec un score de 7,43 sur 10, juste devant l’Allemagne (7,28), la Finlande (7,13), la Slovénie (6,60) et l’Estonie (6,53). La France est seulement en septième place du classement avec un score de 6.13.
En matière de résilience du secteur public, l’Autriche, la Croatie, la Roumanie et la Slovénie maintiennent entièrement leurs trois sites publics essentiels sur une infrastructure de l’UE et avec des fournisseurs européens. Les 23 Etats membres restants ont tous au moins un de leurs trois principaux domaines publics hébergé sur des infrastructures extra-européennes. En France, le site de la présidence www.elysee.fr et celui de la capitale www.paris.fr s’appuient encore sur des CDN contrôlés par les Etats-Unis : Cloudflare et Fastly. Les principaux sites web officiels des gouvernements de la Lituanie, de Malte, de l’Irlande, de la Belgique et des Pays-Bas restent également largement tributaires des infrastructures étasuniennes. Malte et la Lituanie sont les derniers de la classe en ce qui concerne la résilience numérique du secteur public : 1,11 sur 10 pour la Lituanie et zéro pointé pour Malte.
En matière de résilience du secteur privé, la République tchèque arrive en tête de l’UE, suivie de près par la Slovaquie (9,50 sur 10).
Si les Pays-Bas affichent la plus forte densité de développeur·se·s par habitant·e de l’UE, le pays obtient l’un des scores les plus bas en matière d’hébergement de sites du secteur privé (4,03). Parmi les domaines .nl à fort trafic étudiés, plus de la moitié (54%) sont hébergés par des fournisseurs sous le contrôle des Etats-Unis : Cloudflare (23%), AWS (12%), Akamai (7%), Microsoft (6%) et Google (4%) en tête. Pourtant, les Pays-Bas disposent de toutes les compétences nécessaires pour héberger les sites de son secteur privé.
Pire encore, l’Irlande affiche un score nul en matière de résilience du secteur privé alors qu’elle se classe parmi les meilleurs de l’UE en matière de densité de développeur·se·s. Siège européen de Google, Microsoft et AWS, l’Irlande laisse la grande majorité de ses sites web sur des serveurs contrôlés par des entreprises étasuniennes.
« Nous avons des pays dotés de talents de développeurs de classe mondiale — les Pays-Bas, l’Irlande, l’Estonie — qui font fonctionner leur web national sur Amazon, Microsoft, Google et Cloudflare », commente Stefane Fermigier, cofondateur et coprésident du CNLL (l’Union des entreprises du logiciel libre et du numérique ouvert). « Nous avons des sites internet présidentiels nationaux et de capitales hébergés depuis des centres de données cloud américains situés en Virginie et à Dublin. Et la part de Linux sur les ordinateurs de bureau et portables dans l’UE n’est que de 4%, un chiffre qui n’a pratiquement pas évolué par rapport aux 3,7% de l’année dernière. Les tendances structurelles identifiées dans le premier EDRIX n’ont pas changé en neuf mois ».
Pour mémoire, le rapport Asterès/Cigref de 2025 a quantifié à 264 milliards d’euros les dépenses annuelles des pays de l’UE en logiciels et services cloud contrôlés par les Etats-Unis.
Méthodologie
L’indice EDRIX 2.0 examine quatre piliers — l’écosystème des développeur·se·s, l’adoption par la base, la résilience des secteurs privé et public — à travers plus de 26.000 domaines à fort trafic, dont les trois sites officiels publics principaux (chef d’Etat, gouvernement, capitale) des 27 Etats membres de l’Union Européenne.