ESET s’apprête à changer de statut en France. Profitant de sa World Conference, organisée cette semaine à Berlin, l’éditeur slovaque de cybersécurité a annoncé, ce mardi 19 mai, un projet d’acquisition d’Athena Global Services, son distributeur exclusif depuis plus de vingt ans sur le territoire national. L’opération, qui reste soumise aux procédures d’information-consultation des instances représentatives du personnel, et à la formalisation des dernières modalités de transfert de l’activité, devrait être finalisée au 1er juillet 2026.

Le projet de rachat porte sur la totalité des actifs d’Athena Global Services, l’entité qui opère aujourd’hui l’activité d’ESET France, y compris ses équipes et son portefeuille de partenaires. À l’issue de la transaction, les autres activités d’AGS Group poursuivraient leur développement de manière autonome. Le groupe conserverait notamment ses activités de distribution autour des marques Bicom, Eho.Link, Safetica, Oppens, ainsi que la gestion des activités ESET en Afrique francophone, qui ne sont pas concernées par le projet de rachat.

Le transfert concerne 133 salariés, soit l’intégralité des effectifs travaillant aujourd’hui sur Athena Global Services pour ESET France. Thierry Defois, directeur des opérations d’Athena Global Services (photo), promet néanmoins une transition sans rupture : aucun licenciement n’est envisagé, les clients et les revendeurs garderont les mêmes interlocuteurs, l’organisation opérationnelle restera inchangée et l’activité se poursuivra dans les mêmes locaux de Serris, en Seine-et-Marne.

Seule la gouvernance devrait légèrement évoluer. S’il est prévu que Thierry Defois reste en charge des opérations, Julien Jean, président d’Athena Global Services, n’a pas vocation à s’impliquer au-delà de la période de transition – fixée à douze mois –, note Thierry Defois.

La transaction intègre également le portefeuille de partenaires lié à Eset en France. Thierry Defois évoque 3.700 partenaires actifs revendant aujourd’hui les solutions de l’éditeur sur le territoire. Seuls les revendeurs travaillant sur l’offre ESET sont concernés par le transfert ; les partenaires attachés aux autres activités d’AGS Group resteraient dans leur périmètre actuel.

Pour ESET, la justification du rachat tient d’abord à l’importance prise par le marché français. La France est devenue, sur l’exercice 2025, son deuxième marché européen derrière l’Allemagne, selon Thierry Defois. L’éditeur veut désormais y être présent en direct, « vivre le marché, mieux capter ses tendances et accroître sa capacité à nouer des accords stratégiques, y compris avec des organisations publiques ou des acteurs institutionnels ».

Du reste, l’organisation française, qui a réalisé 32 M€ de CA en 2024, était arrivée « au bout » de son modèle historique, estime Thierry Defois, notamment face à l’évolution des plateformes. L’intégration au groupe ESET doit ainsi permettre à l’équipe française d’accéder à davantage de moyens, d’outils et de ressources internationales.

Parmi les annonces mises en avant à Berlin, où une délégation française d’une quinzaine de personnes, principalement composée de partenaires – distributeur, revendeurs, MSSP, acteur de la distribution électronique de logiciels – a fait le déplacement, Eset a dévoilé un plan d’investissement de 40 M€ dans l’intelligence artificielle. Cette enveloppe doit accompagner un programme de recrutement sur trois ans visant à porter les équipes de R&D à 1.000 chercheurs et ingénieurs, et financer trois axes : le développement de modèles fondamentaux dédiés à la cybersécurité, la constitution d’une pile de sécurité multicouche pour les environnements IA, et une nouvelle génération de SOC augmentés par l’IA.

Cette orientation traduit la volonté d’Eset de rester concentré sur ses technologies de cybersécurité, tout en élargissant progressivement sa plateforme vers une logique Open XDR, capable d’agréger des données issues d’outils tiers. Les premières intégrations, notamment celles d’Entra ID et des firewalls Palo Alto, sont déjà disponibles, et d’autres vont suivre (notamment celle des pares-feux Fortinet. L’objectif est d’enrichir les services managés proposés aux partenaires, aujourd’hui centrés sur les technologies ESET, vers une couverture plus large des environnements de sécurité de leurs clients.