Avec l’inauguration début mars de son datapole bordelais, UltraEdge a donné le coup d’envoi d’un programme ambitieux de remise à niveau de son parc de centres de données. Né en mai 2024 de la cession par SFR de 70 % de ses centres de données à Morgan Stanley Infrastructure Partners, UltraEdge se présente comme le premier opérateur indépendant d’infrastructures de colocation en France avec un maillage de 248 sites couvrant l’ensemble du territoire, représentant 35.000 m² de capacité d’hébergement et 160 M€ de chiffre d’affaires en 2025 (avec 90 salariés).
Ce parc de centres de données hérité de SFR, UltraEdge entend le transformer en un réseau national de centres de colocation de proximité. C’est dans ce contexte que l’entreprise a présenté le 6 mars le concept de datapole. Le groupe le définit comme un écosystème régional de centres de données articulé autour d’un site d’hébergement central ultra connecté au cœur d’une grande ville, et de sites secondaires répartis dans un rayon de 100 km environ, interconnectés entre eux par des liens faible latence permettant d’activer à la demande des liaisons 10G, 100G ou FiberChannel.
L’idée est qu’une entreprise hébergée localement puisse bénéficier, depuis un site secondaire, des mêmes facilités de connectivité et d’un niveau de service proche de celui du site majeur auquel il est rattaché. UltraEdge prévoit dans un premier temps la mise en œuvre de sept datapoles d’ici à juin 2026, à Bordeaux, Lyon, Strasbourg, Lille, Rennes et en Ile-de-France (Courbevoie et Aubervilliers). Bordeaux marque la première matérialisation de cette stratégie.
Pour renforcer l’attractivité de ses grands sites régionaux, UltraEdge a passé un accord en mai 2025 avec Megaport, qui lui fournit via sa plateforme de connectivité un accès simplifié aux grands clouds publics, à plus de 950 datacenters interconnectés et à plus de 400 fournisseurs de services.
Cette stratégie de transformation s’appuie sur un programme d’investissement de plus de 400 M€ d’ici 2028, destiné à « revitaliser » le parc existant, (notamment ses sept hubs régionaux d’interconnexion) afin d’en améliorer la capacité, l’efficience et la connectivité, explique en substance Fabrice Cousin, son président (photo). Le travail porte à la fois sur la rénovation des chaînes techniques existantes, en particulier la chaîne de froid, et sur l’ajout de nouvelles surfaces et de nouvelles capacités électriques.
Dans le cadre de ce programme, Fabrice Cousin explique que le groupe a déjà porté son parc total à 51 MW de puissance IT, contre 45 MW auparavant. Sur ces 6 MW supplémentaires, 5 MW ont été intégrés sur des sites existants – ce qui correspond à presque 5000 m2 de surfaces IT supplémentaires –, auxquels s’ajoute 1 MW apporté par un nouveau site à Clermont-Ferrand. Un deuxième programme est désormais lancé, avec cette fois 12 mégawatts IT supplémentaires prévus sur 2026 et 2027.
Sur les nouvelles capacités, la densité peut monter jusqu’à 15 kW par baie, contre 3 à 5 kW en moyenne dans un datacenter classique, et 30 % des capacités ajoutées sont d’ores et déjà préparées au direct liquid cooling (DLC ready) pour accueillir, le cas échéant, des baies de 50 à 100 kW adaptées aux charges d’IA.
Car le marché du edge dans lequel UltraEdge inscrit sa stratégie tarde à se matérialiser en France. « Ni le cloud, ni l’IoT, ni même la 5G n’ont suffi, à eux seuls, à faire décoller le marché », convient Fabrice Cousin. Mais l’IA pourrait en revanche jouer ce rôle d’accélérateur. Fabrice Cousin explique voir émerger une demande pour des plateformes régionales privées ou dédiées, dans des enveloppes de 5 à 10 MW, portées par des entreprises qui veulent exploiter des capacités de calcul avancées sans abandonner la maîtrise de leurs données. Ce sont précisément ces usages qui justifient la montée en densité des nouvelles surfaces et leur préparation au refroidissement liquide direct.
Ce réseau national de colocation de proximité a vocation à servir aussi bien des opérateurs, des intégrateurs, des ESN, des fournisseurs de cloud ou des acteurs du CDN. Si SFR représente encore plus de la moitié du chiffre d’affaires, UltraEdge explique avoir déjà conquis plus de 30 nouveaux clients en deux ans d’existence.