Les deux groupes français de services numériques ont publié, à 24 heures d’intervalle, des résultats trimestriels supérieurs aux attentes, qui les conduisent à relever une nouvelle fois leurs objectifs de croissance pour 2026. Tous deux bénéficient notamment d’une accélération de leur activité en France, alors que le marché national des services numériques reste peu dynamique. Leurs moteurs de croissance diffèrent toutefois : l’intelligence artificielle et les acquisitions pour Capgemini, la défense, l’aéronautique et la cybersécurité pour Sopra Steria.
Capgemini a enregistré au troisième trimestre un chiffre d’affaires de 6,07 milliards d’euros, en hausse de 12,6% sur un an, soit 11,7% à taux de change constants. Cette progression intègre notamment les acquisitions de WNS et Cloud4C, qui contribuent significativement à sa croissance. La dynamique reste néanmoins soutenue en Amérique du Nord (+18,3% à taux constants) et au Royaume-Uni (+25,2%). En France, l’activité accélère nettement, avec une progression de 4,9%, contre 1,8% sur les neuf premiers mois.
Le groupe met en avant la montée en puissance des projets d’intelligence artificielle, notamment agentique, qui stimulent la modernisation des infrastructures et des plateformes de données ainsi que la transformation des processus métiers. « Notre stratégie, axée sur les nouveaux gisements de valeur créés par l’IA, porte ses fruits, avec une réelle dynamique commerciale », souligne son directeur général Aiman Ezzat. Capgemini relève ainsi son objectif de croissance annuelle à taux constants à une fourchette de 9 à 9,5%, contre 8,5 à 9% précédemment, tout en maintenant sa prévision de marge opérationnelle entre 13,6 et 13,8%.
Principale réserve, les prises de commandes progressent de seulement 3,4% à taux constants, à 5,4 milliards d’euros. Elles restent inférieures au chiffre d’affaires du trimestre, avec un ratio commandes/facturation de 0,89, ce qui incite à la prudence sur la pérennité de cette dynamique.
Sopra Steria porté par le dynamisme de ses activités en France
Sopra Steria affiche de son côté un chiffre d’affaires trimestriel de 1,42 milliard d’euros, en hausse de 7,9%, dont 4,3% de croissance organique, contre 3% au premier semestre. Hors impact de l’arrêt du programme SFT en Allemagne, la croissance organique atteint même 6,4%. Le groupe bénéficie notamment du dynamisme de ses activités défense, sécurité et espace (+13%), aéronautique (+13%), cybersécurité (+18%) et conseil (+7%). Son pôle France, qui représente 45% de son chiffre d’affaires, progresse de 6,1% en organique, porté notamment par le secteur public.
Fort de ces performances, Sopra Steria relève pour la deuxième fois cette année son objectif de croissance organique, désormais compris entre 2,5 et 3%, contre 2 à 2,5% précédemment. Le groupe confirme parallèlement son objectif de marge opérationnelle d’activité d’au moins 9,5% et de flux net de trésorerie disponible représentant environ 5% du chiffre d’affaires.
Ces deux publications contrastent avec la conjoncture toujours difficile du marché français des services numériques. Selon les dernières prévisions de Numeum, publiées en juillet, l’activité des ESN ne devrait progresser que de 1% en 2026, après un recul de 2,1% en 2025. Les performances françaises de Capgemini et Sopra Steria témoignent ainsi de leur capacité à surperformer un marché où la reprise demeure sélective, tirée notamment par l’IA, la défense et la cybersécurité.
Les investisseurs ont favorablement accueilli ces résultats. Le titre Sopra Steria a progressé d’environ 4% le 29 octobre, tandis que Capgemini gagnait également près de 4% le 30 octobre en séance. Une réaction qui traduit un regain de confiance dans les perspectives des deux groupes, sans pour autant préjuger d’un redressement général du secteur.




