Sortir de VMware n’est pas d’abord un problème technique. Chez Sigma Informatique, ESN nantaise de 700 personnes lancée dans ce chantier depuis le début de l’année, Cyril Corre désigne le vrai point dur : la compétence des équipes. Le directeur transformation et gouvernance tech refuse aussi toute vision binaire de la souveraineté.
Chez Sigma Informatique, la relation avec VMware a longtemps été « plutôt saine et plutôt équilibrée ». Le rachat par Broadcom a changé la stratégie de l’éditeur et son discours vis-à-vis de Sigma. Pour Cyril Corre, « c’est aussi le moment de repenser un peu nos dépendances ». L’entreprise réfléchissait déjà depuis quelques années à des alternatives ; le contexte a accéléré la décision. « Évidemment, ça ne se fait pas en claquant des doigts, ça prend du temps, mais ce sont des plans assez costauds que nous avons lancés depuis le début de l’année. »
Les choix sont arrêtés : Proxmox pour le cloud privé, l’alternative qui se rapproche selon lui le plus des besoins des clients, et OpenStack pour l’approche cloud public, où Sigma Informatique dispose des modules nécessaires pour construire ses offres de services.
Des alternatives crédibles, une question de compétences
Pour Cyril Corre, Proxmox, Vates et OpenStack « sont crédibles aujourd’hui ». OVH exploite un cloud OpenStack depuis près de quinze ans, et Proxmox, société autrichienne, a une ancienneté comparable. Le frein est ailleurs. « La vraie question qui se pose à nous aujourd’hui, c’est celle de la compétence. »
Le choix n’est pas simple sur certaines parties : passer de VMware à OpenStack nécessite des compétences qui n’ont rien à voir, et donc de reskiller une partie de nos effectifs.
Cyril Corre, Sigma Informatique
Pour un intégrateur, la sortie de VMware est donc aussi un chantier de formation, à anticiper au même titre que la migration elle-même.
Sortir de la binarité
Cyril Corre met en garde contre des communautés tech « parfois un peu radicales », pour lesquelles une solution est soit 100 % souveraine, « sans un milligramme d’américain dedans », soit pas du tout. Il s’appuie sur les chiffres du CIGREF : 80 % des dépenses cloud et logicielles se font auprès d’acteurs américains.
L’idée n’est pas de passer de 80 % à zéro. Si l’on arrive déjà à passer de 80 à 50, puis à 30, et donc à retrouver des alternatives européennes vraiment crédibles, on retrouve une dynamique de compétitivité, de challenge international, beaucoup plus saine.
Cyril Corre, Sigma Informatique
Toutes les dépendances ne se valent pas. Deux lui paraissent encore lointaines : le hardware, principalement les chipsets, et le système d’exploitation, où EU OS émerge mais « reste encore très parcellaire ». Ailleurs, les alternatives européennes progressent vite. Il cite la Suite numérique de l’État sur les outils collaboratifs, un terrain que l’on croyait verrouillé par Microsoft et Google. « Des endroits qu’on pensait verrouillés commencent à se déverrouiller et à s’ouvrir à des acteurs français. »
Partir du SI tel qu’il est
Sur le terrain, Sigma Informatique prend le système d’information du client tel qu’il est, souvent un patchwork : de vieilles machines chargées de dette technologique, des briques modernes en PaaS, et « souvent un bout de cloud chez un hyperscaler parce qu’on y a mis un bout de site web ». Pas de recette universelle, donc, mais une méthode : construire avec des acteurs de confiance la meilleure réponse au problème du client. « L’enjeu, c’est surtout d’avoir ce dialogue et cette proximité pour construire la meilleure solution avec les clients. »
Sur l’IA, Cyril Corre juge souhaitable de développer des filières locales, pour une raison qu’il estime géopolitique plus que technique.
Quand vous achetez une puce Nvidia, vous signez un document qui vous engage à respecter la loi américaine, et donc à utiliser une IA conforme à la législation américaine.
Cyril Corre, Sigma Informatique
Sans illusion sur le calendrier : « recréer des GPU européens va quand même nous prendre quelques années ».