Les derniers résultats trimestriels de Dell et HPE convergent vers un même constat : l’IA devient le catalyseur d’un cycle beaucoup plus large de modernisation des infrastructures, qui profite aux serveurs traditionnels, au stockage et aux réseaux et qui se diffuse largement dans les entreprises.
Leurs derniers chiffres trimestriels l’ont confirmé, Dell et HPE enregistrent une accélération spectaculaire de leur activité. Dell a réalisé au deuxième trimestre de son exercice fiscal 2027 un chiffre d’affaires record de 47 Md$, en hausse de 58 %, tandis que HPE a annoncé pour son troisième trimestre fiscal 2026 des revenus de 12,2 Md$, en progression de 34 %. Mais au-delà du dynamisme de leur croissance, les trimestriels de Dell et HPE présentent un certain nombre de signaux convergents, qui en disent long sur l’évolution du marché des infrastructures IT.
Première tendance forte : chez les deux constructeurs, les prises de commandes progressent encore plus rapidement que leur chiffre d’affaires et la demande excède désormais leurs capacités de livraison. Dans sa conférence téléphonique de présentation de ses résultats trimestriels aux analystes, HPE a indiqué que les contraintes d’approvisionnement limitaient sa capacité à convertir toute la demande en revenus. Du son côté, Dell a expliqué avoir réalloué certains composants initialement destinés aux PC vers les infrastructures afin de mieux répondre à la demande des datacenters.
L’IA devient le catalyseur de toute l’infrastructure
Autre tendance notable : si les deux géants invoquent les projets IA comme principal facteur d’accélération, ce boom déborde désormais très largement du seul marché des GPU et des serveurs optimisés pour l’IA. Certes, les ventes de serveurs IA sont hors normes. Dell a enregistré ainsi 60,9 Md$ de commandes sur le trimestre pour un chiffre d’affaires réalisé de 16,4 Md$. Son carnet de commandes cumulé atteint désormais 95 Md$. HPE a pour sa part enregistré 2,4 Md$ de commandes de systèmes IA, en hausse de plus de 30 % séquentiellement.
L’effet d’aubaine va « bien au-delà » des infrastructures optimisées pour l’IA, soulignent Dell et HPE dans leur conférence téléphonique aux analystes. Le premier explique que « les nouvelles architectures nécessitent de moderniser simultanément le compute, le stockage et le réseau », tandis que le second présente l’IA comme « un moteur de croissance pluriannuel qui stimule la demande à travers l’ensemble du portefeuille »
Le serveur traditionnel profite lui aussi de la vague
Chez Dell, les revenus des serveurs traditionnels et du réseau ont bondi de 122 %. Le constructeur attribue cette croissance au renouvellement d’un parc vieillissant, à des exigences renforcées en matière de sécurité et de résilience, mais aussi aux nouveaux besoins CPU générés par l’IA et notamment les workloads agentiques.
HPE observe le même phénomène. Le groupe souligne la vigueur simultanée de la demande pour les systèmes IA et les serveurs traditionnels tout en constatant que les initiatives liées à l’IA bénéficient désormais de niveaux d’investissement supérieurs à ceux des projets IT classiques. Autrement dit, l’IA ne semble pas cannibaliser les budgets d’infrastructure traditionnels mais tend plutôt à les stimuler.
Le stockage retrouve un moteur de croissance
La même mécanique commence à apparaître dans le stockage. Dell affiche une progression de 26 % de cette activité et observe un effet d’entraînement direct de l’IA : davantage de données à préparer, déplacer, sécuriser et conserver.
Jeff Clarke insiste notamment sur les volumes produits par les agents IA, qui génèrent fichiers, logs et traces, ainsi que sur les besoins liés au KV cache et, demain, à l’IA physique, à la robotique et à l’IoT.
HPE fait le même constat. Les entreprises veulent rapprocher les données de leurs infrastructures IA, conserver le contrôle des informations sensibles et moderniser leurs environnements pour accueillir de nouveaux workloads. Le groupe attribue à cette dynamique une partie de la forte demande pour ses offres de stockage.
L’inférence et l’IA agentique prennent le relais de l’entraînement
Les deux constructeurs décrivent un marché qui se déplace progressivement de l’entraînement des modèles vers l’inférence et les usages opérationnels. C’est probablement la tendance la plus structurante. Dell estime que les workloads agentiques vont profondément remodeler les datacenters et prévoit que l’inférence représentera une part croissante de la demande. Le groupe anticipe même que les workloads agentiques d’entreprise deviendront le premier type de workload d’ici 2028.
HPE constate de son côté le passage des pilotes à la production et cite explicitement les workloads agentiques et l’inférence parmi les principaux moteurs des investissements actuels.
Il s’agit d’une évolution notable du marché. L’entraînement de très grands modèles concentrait jusqu’ici les dépenses sur un nombre limité d’acteurs capables de financer des clusters géants. L’inférence et les agents ouvrent au contraire la voie à un nombre beaucoup plus élevé de projets distribués dans les entreprises.
Le centre de gravité commence à se déplacer vers l’entreprise
Chez Dell, Jeff Clarke, Chief Operating Officer and Vice Chairman, note ainsi une hausse importante du nombre des clients de ses AI Factory dans les entreprises. Chez HPE, on observe aussi une demande qui s’élargit et on souligne que les projets IA arrivent désormais au niveau des directions générales et des conseils d’administration, suggérant qu’après les hyperscalers et les neoclouds, le deuxième moteur de la vague IA est en train de devenir l’entreprise.
Une évolution annonciatrice de nouvelles opportunités pour le channel dans la mesure où elle implique davantage d’intégration, de conseil, de sécurité, de réseau, de stockage, de gouvernance des données, de services managés…
Le retour en grâce de l’informatique sur site
Dell comme HPE mettent également en avant un regain de demande autour de l’infrastructure privée. Dell estime que l’informatique sur site (on premise) et à la périphérie (edge) peuvent offrir une économie du token plus attractive pour certains workloads, tout en permettant aux entreprises de mieux contrôler leurs données et leur propriété intellectuelle. HPE développe cet logique avec son offre co-développée avec Nvidia Private Cloud AI.




