Cisco a terminé son exercice fiscal 2026 sur un quatrième trimestre nettement supérieur aux attentes, porté par le renouvellement des infrastructures réseau et l’accélération des investissements liés à l’intelligence artificielle.

Le chiffre d’affaires trimestriel a progressé de 17,6 % sur un an pour atteindre 17,25 milliards de dollars, contre 16,82 milliards attendus par le consensus. Le bénéfice par action ajusté s’est établi à 1,22 dollar, en hausse de 23,2 % et supérieur de 4 à 5 % aux prévisions des analystes.

Sur l’ensemble de l’exercice clos le 25 juillet, Cisco a réalisé un chiffre d’affaires record de 63,3 milliards de dollars, en progression de 12 %. Lors de la conférence téléphonique de présentation des résultats, son PDG Chuck Robbins a estimé que le groupe était entré dans un « supercycle » pluriannuel des réseaux, alimenté par l’IA. Les entreprises comme les hyperscalers augmentent leurs capacités pour supporter l’inférence, aussi bien dans les clouds publics que dans les centres de données privés et à la périphérie des réseaux.

La dynamique est particulièrement spectaculaire chez les hyperscalers. Cisco a enregistré 4 milliards de dollars de commandes d’infrastructures IA sur le seul quatrième trimestre, portant le total de l’exercice à 9,3 milliards de dollars, soit une progression de 350 % sur un an. Le constructeur prévoit désormais de générer 7,5 milliards de dollars de chiffre d’affaires dans cette activité en 2027, contre environ 4 milliards en 2026.

Le mouvement dépasse toutefois les seuls géants du cloud. Cisco a indiqué pendant sa conférence que les commandes de réseaux de datacenters hors hyperscalers avaient progressé de 25 % sur l’exercice, tandis que celles concernant les réseaux de campus ont augmenté de plus de 15 %. Le constructeur estime que le cycle de renouvellement des équipements d’entreprise n’en est encore qu’à ses débuts. Seulement 7 % de sa base installée de commutateurs de campus aurait ainsi été renouvelée à la fin de l’exercice. La montée de l’IA privée et des modèles exécutés sur site devrait prolonger cette tendance. Chuck Robbins souligne que le recours accru au Cloud comme le retour de certaines charges IA dans les datacenters privés sont favorables à Cisco.

Un mix produit moins favorable aux marges

Cette accélération a néanmoins son revers. La marge brute est passée de 68,4 % à 66,3 % au quatrième trimestre. Et Cisco ne prévoit pas d’amélioration immédiate : pour son premier trimestre 2027, le groupe anticipe une marge brute ajustée comprise entre 65 % et 66 %, légèrement sous les 66,1 % attendus par le marché.

La raison tient d’abord à la nature même de la croissance actuelle. Une part croissante provient des équipements de réseau à haute capacité destinés aux infrastructures IA, activité plus intensive en matériel et moins favorable aux marges que les logiciels ou les revenus récurrents. XTB souligne ainsi que la croissance du hardware exerce mécaniquement une pression accrue sur la marge brute.

S’y ajoutent les tensions persistantes sur certains composants, notamment les mémoires et les systèmes de stockage. Cisco a répercuté une partie de ces hausses, mais Chuck Robbins a indiqué que les augmentations de prix décidées par le groupe étaient restées à un chiffre. Le constructeur cherche parallèlement à sécuriser ses approvisionnements par la constitution de stocks stratégiques et des engagements d’achat anticipés.

HSBC ne voit plus suffisamment de potentiel à terme

Des réserves sur la marge qui ont conduit HSBC, malgré ces résultats solides, à abaisser le 14 août sa recommandation sur Cisco d’« Achat » à « Conserver » et réduire son objectif de cours de 137 à 120 dollars. L’action a perdu environ 2 % dans la foulée. L’analyste Abhishek Shukla a invoqué la valorisation du titre – il s’est apprécié de plus 60 % depuis le début de l’année – et l’absence de nouveaux catalyseurs susceptibles de prolonger rapidement son parcours boursier.

Si elle ne remet pas en cause la croissance de 24,2 % attendue en 2027 – le groupe vise désormais entre 72,2 et 73,4 milliards de dollars de chiffre d’affaires, très au-dessus des 68,7 milliards environ anticipés jusque-là par Wall Street – , la banque s’attend ensuite à un net ralentissement : la croissance du réseau retomberait à 12 % en 2028 puis 8 % en 2029. Cisco se négocie actuellement à environ 20,9 fois les bénéfices 2027 estimés par la banque, à peine sous la médiane sectorielle de 21,4 fois. Une décote justifiée par son faible potentiel de croissance à long terme.