Cerebras Systems a réussi l’une des introductions en Bourse les plus remarquées de l’année à Wall Street. Le spécialiste californien des puces d’intelligence artificielle a levé 5,55 milliards de dollars en cédant 30 millions d’actions à un prix unitaire de 185 dollars, soit une valorisation initiale de 56 milliards de dollars. Introduit jeudi 14 mai sur le Nasdaq sous le symbole CBRS, le titre a clôturé sa première séance à 311 dollars, en hausse de 68 % et avec une valorisation d’environ 95 milliards de dollars, ce qui en fait la plus importante IPO de 2026 à ce stade.
Cette opération couronne l’ascension rapide d’une startup positionnée comme l’un des challengers de Nvidia sur le marché des puces et infrastructures d’IA. Fondée en 2015, Cerebras développe des processeurs selon une architecture originale dite « wafer-scale », dans laquelle les unités de calcul, de mémoire et de communication sont regroupées sur une seule plaque de silicium.
Son dernier Wafer-Scale Engine 3 intègre 4.000 milliards de transistors et offre une puissance de calcul de 125 pétaflops grâce à 900.000 cœurs optimisés pour l’IA. Sa superficie est 58 fois supérieure à un GPU B200 de Nvidia mais cette intégration vise précisément à réduire les échanges de données entre composants, donc la latence et la consommation énergétique. Cerebras commercialise à la fois des systèmes sur site, notamment le CS-3, et une offre cloud de calcul IA.
L’IPO intervient après une forte accélération de l’activité. Dans son document transmis à la SEC, Cerebras indique avoir réalisé 510 millions de dollars de chiffre d’affaires en 2025, en croissance de 76 % sur un an. La société a dégagé un bénéfice net de 237,8 millions de dollars, après une perte nette de 481,6 millions de dollars en 2024. Hors éléments exceptionnels, elle restait toutefois déficitaire, avec une perte nette non-GAAP de 75,7 millions de dollars en 2025.
Sa croissance repose encore sur un portefeuille de clients très concentré. Le conglomérat G42 et l’institut d’intelligence artificielle MBZUAI, tous deux soutenus par les Émirats arabes unis, ont représenté 86 % du chiffre d’affaires 2025 de Cerebras. Mais le fabricant de puces a depuis signé deux accords structurants pour diversifier sa base commerciale. En janvier, OpenAI s’est engagé à lui acheter plus de 20 milliards de dollars de capacités de calcul au cours des prochaines années, avec un objectif de 750 MW déployés. En mars, AWS a également annoncé l’intégration de la technologie Cerebras dans son cloud pour accélérer l’inférence des modèles d’IA, en complément de ses propres puces Trainium.
L’IPO couronne aussi un changement d’échelle engagé ces derniers mois. En septembre 2025, Cerebras avait levé 1,1 milliard de dollars en série G, portant alors sa valorisation privée à 8,1 milliards de dollars. L’opération visait à financer sa R&D, l’élargissement de son portefeuille technologique, ainsi que le renforcement de ses capacités industrielles et de ses centres de données américains.
Au-delà du cas Cerebras, cette IPO apparaît comme un test grandeur nature de l’appétit des investisseurs pour les infrastructures d’IA et les alternatives à Nvidia. Elle ouvre la voie à trois introductions géantes dans le domaine de l’IA. Celle de SpaceX, désormais rapproché de xAI, attendue dans les prochaines semaines mais aussi d’OpenAI et d’Anthropic d’ici la fin de l’année.