Tensions entre les deux champions chinois des équipements télécoms. Huawei accuse ZTE de violation de brevets en Europe et ce dernier réplique par des accusations similaires en Chine.

 

Rien ne va plus entre les deux géants chinois des équipements télécoms, ZTE et Huawei. Ce dernier vient en effet de déposer plainte contre son concurrent pour violations de brevets et de marques déposées. Basé dans la zone spéciale de Shenzhen, Huawei accuse ZTE de violer plusieurs de ses brevets sur les modems sans-fils et sur les équipements LTE. ZTE aurait aussi utilisé illégalement une marque déposée de Huawei en imprimant un logo déposé par Huawei sur une de ses clés 3G (en l’occurrence un logo de conformité à la réglementation européenne de réduction des substances toxiques, RoHS). Huawei a déposé sa plainte en  Allemagne, en France et en Hongrie et demanderait plusieurs centaines de millions de dollars de dommages et intérêts.

ZTE n’a pas tardé à répondre à l’attaque de son concurrent : dans un communiqué, la firme « s’étonne de l’initiative d’une action légale prise à son encontre par Huawei Technologies. En tant que société cotée sur le marché à Hong Kong, ZTE respecte sans réserve, et adhère, aux codes, aux pratiques et aux lois internationales relevant de la propriété intellectuelle, et rejette totalement le fait que des brevets ou des marques déposées puissent avoir été utilisés frauduleusement » [sous entendu, connaissant la haine cordiale que se vouent les deux sociétés, mon concurrent non coté, qui n’a pas toujours eu un grand respect de la propriété intellectuelle, aura bien du mal à me donner des leçons sur le sujet, NDLR].

 

Et de conclure : « ZTE pratique en permanence une politique courtoise de négociation sur les sujets conflictuels,  mais prendra dans cette situation toutes les mesures légales nécessaires en vue de protéger ses intérêts propres, ainsi que ceux de ses clients à travers le monde ». En termes moins diplomatiques : Puisque tu cherche la guerre, tu va l’avoir. ZTE vient d’ailleurs de lancer sa première riposte en Chine en déposant plainte contre Huawei pour violation de sa propriété intellectuelle sur les technologies LTE.

Huawei : un habitué des tribunaux

 

Il est assez rare de voir Huawei du côté des plaignants dans ce genre d’affaires. Au cours des dix dernières années, la firme a plutôt été une habituée du banc des accusés. En 2003, Cisco avait notamment accusé la firme chinoise d’avoir largement repris des portions de code d’IOS dans ses routeurs a tel point que certains bugs IOS pouvaient être reproduits dans les routeurs Quidway de Huawei. Un an et demi plus tard, les deux firmes avaient finalement transigé, Huawei s’engageant à modifier son interface en mode de commande, le code de ses routeurs ainsi que sa documentation pour répondre aux demandes de Cisco. 

En France, certains se souviendront aussi des clés 3G fabriquées par Huawei pour SFR et qui reprenaient sans vergogne certains concepts développés et brevetés par une petite société basée à Sophia Antipolis, SmartCom, au point que le packaging de la clé pour SFR reproduisait aussi les images et les arguments commerciaux utilisées par Smartcom pour sa communication. Quelques années plus tard, un responsable français de Huawei avait confié au MagIT que les clés étaient vendues à prix cassé afin de s’attirer les bonnes grâces des opérateurs sur les marchés d’infrastructure. 

Cette réinvention du « cadeau bonux » avait valu à Huawei et ZTE l’ouverture d’une enquête sur d’éventuelles pratiques de dumping de la part des constructeurs chinois de modems sans fil. Enquête enterrée après que la principale victime, le belge Option, soutenu par son gouvernement, n’obtienne des « dédommagements » sous la forme d’un accord de licence à 33 M€ avec Huawei pour son logiciel de connexion uCan… Ironiquement, Option avait utilisé les logiciels de connexion de SmartCom pour ses premiers produits 3G…

Plus récemment encore, c’est Motorola qui a poursuivi Huawei pour espionnage industriel, plus précisément en accusant un de ses employés d’avoir transmis des informations sur ses technologies au fondateur de Huawei, Ren Zhengfei. Les deux sociétés ont fini par transiger le 14 avril dernier.

 

Tensions croissante autour de la propriété intellectuelle

 

Pour les observateurs du secteur, la bataille qui débute entre Huawei et ZTE a de quoi faire sourire au vu des pratiques pour le moins surprenante des équipementiers, mais aussi de certains de leurs clients opérateurs, au cours des années 2000. Mais elle pourrait faire des étincelles dans les deux sociétés se sont développées au cours des dix dernières années. Huawei a ainsi dépassé la barre des 19 Md € de CA l’an passé (+24%), soit 3 Md$ de plus que les 16 Md€ de revenus d’Alcatel-Lucent (+5%), tandis que ZTE a réalisé un CA de 7 Md€ (+18%).

 

La plainte intervient ainsi dans un contexte de recrudescence des batailles entre équipementiers occidentaux et équipementiers chinois autour de la propriété intellectuelle. Au début du mois d’avril, Ericsson a par exemple déposé plainte dans plusieurs pays européens contre ZTE pour violations de brevets 3G, plainte à laquelle ZTE a riposté en Chine avec sa propre plainte contre Ericsson. Huawei de son côté avait attaqué Motorola pour bloquer la cession de ses activités télécoms à Nokia Siemens Networks. Plainte finalement résolue par les trois sociétés via un accord à l’amiable (en même temps que l’accusation d’espionnage industriel portée par Motorola contre Huawei). Gageons que ces escarmouches ne devraient pas en rester là et que les mouvements juridiques devraient se renforcer avec la montée en puissances des appels d’offres et déploiements des réseaux 4G LTE, appels d’offres qui pourraient marquer l’entrée en masse des équipementiers chinois sur les marchés occidentaux.

 

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