Les débats se multiplient autour des risques de l’intelligence artificielle (IA), qu’il s’agisse de son impact sur l’emploi, de sa consommation énergétique ou encore des questions de droit d’auteur, de contrôle et de sécurité. Une problématique reste largement sous-estimée, selon Matthias De Bièvre, le CEO de Visions et président de Prometheus-X : la concentration croissante de l’ensemble de la chaîne de valeur de l’IA entre les mains de quelques acteurs étatsuniens.
« Le principal risque pour l’Europe est sa dépendance à quelques acteurs qui contrôlent déjà les infrastructures cloud, les données, les modèles et les applications qui alimentent l’IA. Sans interopérabilité, nous risquons simplement de remplacer une dépendance technologique par une autre. L’enjeu critique est désormais de connecter les acteurs européens grâce aux communs open source et aux data spaces afin de construire un écosystème plus distribué, plus résilient et capable de rivaliser avec les plateformes américaines », affirme Matthias De Bièvre. « Les data spaces permettent d’interconnecter les organisations, les systèmes, les données et les services tout en préservant l’autonomie de chaque acteur. Associés à des technologies open source, ils constituent les fondations d’un modèle plus ouvert, plus résilient et moins dépendant de quelques plateformes dominantes ». Pour rappel, un data space est un espace de confiance où plusieurs acteurs, entreprises, filières ou institutions, partagent et valorisent leurs données. La société Visions est un intermédiaire de données personnelles des espaces de données.
En ce début juin 2026, la Commission européenne a présenté un paquet européen sur la souveraineté technologique : un ensemble de mesures visant à renforcer les capacités de l’Europe dans les domaines des semi-conducteurs, de l’IA, du cloud et des logiciels libres. Bruxelles considère également les logiciels libres (l’open source) comme un actif stratégique dans un contexte de concentration croissante des infrastructures numériques.
Ursula von der Leyen, la présidente de la Commission européenne, a commenté la présentation du paquet sur la souveraineté numérique en ces termes : « Nous ne pouvons pas nous permettre de dépendre d’autres acteurs pour les technologies qui assurent le fonctionnement de nos hôpitaux, la stabilité de nos réseaux énergétiques et la sécurité de nos services. Il s’agit de protéger nos citoyens, de défendre nos intérêts et de préserver notre capacité à faire nos propres choix. L’Europe dispose des talents, de l’excellence scientifique, de la base industrielle et du marché unique nécessaires. Ensemble, nous devons transformer ces atouts en souveraineté technologique. »