L’engouement pour les agents IA ne doit pas masquer les difficultés que les entreprises éprouvent à se transformer en véritables « entreprises agentiques ». Dans une étude publiée le 12 août, Deloitte estime que l’adoption à grande échelle de systèmes capables de faire collaborer plusieurs agents autonomes prendra encore plusieurs années. Le cabinet considère en effet que le principal obstacle n’est plus seulement technologique : les entreprises doivent revoir en profondeur leurs processus, leurs données, leur organisation et leurs modes de travail.

Le constat tranche avec l’accélération actuelle des investissements. Selon l’étude, menée auprès de plus de 500 cadres supérieurs et dirigeants étasuniens issus de cinq secteurs d’activité (services financiers ; sciences de la vie ; technologies, médias et télécommunications) et complétée par une vingtaine d’entretiens avec des cadres et responsables en science de la donnée, près de la moitié des responsables interrogés disent disposer d’une vision claire de leur futur modèle opérationnel reposant sur l’IA. Mais seulement 15 % des organisations sont effectivement parvenues à déployer à grande échelle des systèmes multi-agents, c’est-à-dire des ensembles d’agents orchestrés sur de nombreux workflows et fonctions.

Pour Deloitte, ce décalage tient d’abord à l’état des processus métier. Seulement 16 % des répondants considèrent leurs processus prêts à accueillir l’IA agentique, et 5 % seulement se disent très bien préparés. Même parmi les organisations ayant déjà déployé des agents à grande échelle, moins de la moitié – 46 % – jugent leurs processus suffisamment prêts. À peine un répondant sur cinq estime par ailleurs son organisation capable de repenser ses processus afin qu’ils puissent fonctionner de manière autonome avec des agents.

Des processus et des données encore inadaptés

Deloitte pointe des problèmes souvent antérieurs à l’arrivée de l’IA : processus insuffisamment documentés ou mal compris, données et systèmes fragmentés et incohérents, ainsi que des méthodes de travail profondément ancrées. À cela s’ajoute une maîtrise encore limitée de l’IA parmi les dirigeants et les salariés, qui complique la conduite du changement nécessaire à une transformation profonde des workflows.

Les difficultés sont également techniques. Les entreprises doivent disposer de données accessibles et suffisamment unifiées pour permettre aux agents de prendre des décisions, mais aussi être capables de leur faire confiance, de contrôler leurs actions et de les gouverner. Le coût et la complexité de leur intégration aux systèmes existants constituent d’autres freins. Sur le plan organisationnel, Deloitte relève également le manque de préparation des effectifs, des processus métier, des partenariats au sein des écosystèmes ainsi que des politiques de sécurité et de gouvernance.

Les entreprises cherchent encore largement à ajouter des agents aux processus existants plutôt qu’à reconstruire ces processus autour d’eux, note Deloitte. Une approche pragmatique, puisqu’elle permet d’obtenir plus rapidement des gains de productivité et de démontrer un retour sur investissement. Mais elle limite aussi le potentiel de la technologie. Deloitte souligne que la refonte complète des processus est beaucoup plus coûteuse et peut prendre plusieurs années.

Deloitte estime ainsi que seulement 31 % des entreprises devraient avoir repensé au moins la moitié de leurs processus autour d’agents d’IA dans les deux prochaines années. Elles seraient en revanche 74 % à y parvenir dans un horizon de quatre ans.

Un horizon de trois à quatre ans

À cet horizon, 61 % pensent que la plupart de leurs processus pourront être exécutés en continu par des agents et autant que les agents fonctionneront largement de manière autonome, les humains jouant principalement un rôle de supervision.

Pour China Widener, vice-présidente de Deloitte et responsable américaine du secteur technologies, médias et télécommunications (photo), la véritable rupture ne consiste donc pas à multiplier les agents mais à transformer la manière dont le travail est effectué dans l’entreprise. Un chantier nécessairement progressif, d’autant que les technologies agentiques elles-mêmes continuent d’évoluer.