Après l’annonce de sa liquidation judiciaire, le PDG d’Ares a accepté de défendre sa gestion. Selon lui, les fonds propres chroniquement insuffisants de la société expliquent en grande partie l’issue fatale.

 

Channelnews : Pouvez-vous nous préciser quand la procédure d’offres d’acquisition des actifs restant d’Ares sera lancée par le tribunal et quand les cessions devraient être finalisées si candidat(s) il y a ?

Michel Berjamin : la procédure devrait être lancée la semaine prochaine et les offre définitives devront être envoyées avant le 6 janvier. Les repreneurs potentiels auront accès à tous les documents juridiques et comptables de l’entreprise via une dataroom électronique qui sera mise en place à cette occasion et accessible moyennant la signature d’un engagement de confidentialité.


Pouvez-vous nous préciser quel est le montant du passif exigible par les créanciers ?

Michel Berjamin : je ne préfère pas me prononcer à ce stade, les chiffres n’étant pas encore stabilisés. Nous avons fait notre déclaration initiale mais les créanciers doivent faire la leur. Fort de l’expérience 2008, on peut imaginer qu’il y a aura des ajustements.

Vous avez déclaré récemment que votre taux d’activité n’avait jamais été aussi bon et que vous avez manqué de peu de réussir à redresser l’entreprise. Comment expliquer dans ces conditions les nouvelles pertes de 11 M€ prévues pour l’exercice 2010 ?


Michel Berjamin : Je confirme que notre taux d’activité est actuellement excellent. Nous n’avons que 22 personnes en inter-contrat. Nos agences d’Orléans, de Lille ou de Montpellier affichent des taux d’activité de l’ordre de 85-90%. En ce qui concerne les pertes, l’équivalent de 2,8 M€ est imputable à une dévalorisation du fonds de commerce de l’activité infogérance cédée à SCC au printemps. A cela s’ajoute le fait que l’activité services parisienne a fonctionné à perte au cours des premiers mois de l’année dans le cadre de contrats au forfait signés avant mon arrivée et sur lesquels nous étions malheureusement en situatio dite de concession, c’est-à-dire que nous intervenions sans être rémunérés. Enfin, nous continuions d’avoir des coûts centraux trop élevés. Pour revenir à une exploitation équilibrée, il aurait fallu supprimer l’équivalent d’une trentaine de postes aux services centraux, diminuer encore la surface des locaux.  Et ceci s’entend bien sûr hors remboursement des dettes liées au plan de continuation.

Doit-on en déduire que sur les 457 emplois encore existants, 420 sont susceptibles d’être sauvés ?


Michel Berjamin : Je ne peux pas présumer de ce qui sera repris. Cela dépendra du repreneur et de son existant. Ce que je sais, c’est que sur 457 collaborateurs, seulement 43 dépendent aux services centraux (paye, comptabilité, contrôle de gestion, juridique…). Les autres, dont environ 370 sont facturables, sont affectés aux unités opérationnelles.

Qui va payer les collaborateurs encore en poste et qui va piloter l’activité en attendant leur éventuelle reprise ?


Michel Berjamin : Il est bien évident que le tribunal compte sur moi pour accompagner jusqu’au bout les activités restantes. On va gérer la sortie proprement sans gabegie. Les salaires de novembre seront payés par les AGS. Les fiches navettes ont été envoyées dès la semaine dernière et nous devrions recevoir les chèques le 3 décembre. Par la suite, c’est Ares qui fera face. Vous pensez bien que je n’aurais pas obtenu la poursuite d’activité si je n’avais pas démontré au tribunal que la société est en mesure de parer à toutes ses nouvelles créances.

Mais alors si l’activité est bonne, qu’est ce qui n’a pas marché ?


Michel Berjamin : A la sortie du redressement judiciaire, il avait été négocié avec les banques une ligne court terme de 3 M€ garantie par Oséo. Or on s’est aperçu au bout de trois mois qu’Oséo ne pouvait pas statutairement accorder sa garantie à une société faisant l’objet d’un plan de continuation. Dès lors la seule issue pour présenter un bilan convenable et continuer à soummissionner aux marchés publics restait de faire rentrer un investisseur. Mais avec 10 M€ de fonds propres négatifs, une dette de 23 M€, une capitalisation boursière de 10 M€ et seulement 70 M€ de chiffre d’affaires, les investisseurs potentiels ont eu vite fait d’estimer le retour sur investissement insuffisant. J’avais pourtant réussi à convaincre un investisseur industriel de rentrer moyennant une intervention du Comité interministeriel de restructuration industrielle (CIRI) pour réduire notre dette vis-à-vis des organismes publics. Mais le grave accident que j’ai subi au printemps et qui m’a occasionné plus de quatre mois d’hospitalisation m’a empêché de mener les discussions à leur terme. A mon retour en septembre, l’investisseur n’était plus partant.

On prétend que Capgemini et GFI étaient intéressés et que GFI l’est toujours. GFI vous aurait même proposé un poste de direction.


Michel Berjamin : C’est inexact pour Capgemini mais GFI faisait en effet partie des investisseurs potentiels contactés et la société a confirmé son intérêt pour les actifs restant encore à céder dans le cadre de la procédure de liquidation. L’intérêt de la candidature de GFI, c’est que la société reprendrait certainement l’intégralité des activités restantes, y compris la partie intégration du progiciel Chronos. Il faut avoir à l’esprit que GFI est déjà le numéro un français des solutions de gestion de temps. Quant à une éventuelle embauche, je ne nie pas qu’il y ait eu une offre mais il n’y a rien d’officiel. Du reste, ce n’est pas la seule proposition que j’ai reçue à ce jour.

Votre gestion n’a-t-elle pas entamé votre crédit sur le marché ?


Michel Berjamin : Au contraire ! Pour beaucoup, j’ai démontré que je savais naviguer dans la tempête. Vous savez, rien ne m’obligeait à rester à la direction d’Ares après le redressement judiciaire. J’aurais même pu jouer d’emblée la carte de la liquidation judiciaire. Au lieu de quoi j’ai essayé de sauver le bateau. Une liquidation dès 2008 se serait certainement traduite par le licenciement de la plupart des 1100 collaborateurs intervenant dans les services car à l’époque, personne n’aurait voulu mettre un centime dans une société de services. Si le marché était reparti en 2009, on aurait probablement trouvé cet investisseur qui nous aurrait permis de repartir sur de bonnes bases.

Rétrospectivement, ne pensez-vous pas avoir commis quelques erreurs stratégiques, notamment en cédant les activités ditribution ?


Michel Berjamin : Nous n’avions pas le choix. Ne pas vendre aurait conduit à la liquidation immédiate. Rapelez-vous qu’à l’époque nous n’étions plus en mesure de commander quoi que ce soit, IBM nous ayant brusquement coupé les encours, bientôt suivi par l’ensemble des fournisseurs. Nous avions 700 personnes qui ne pouvaient plus travailler. Je ne crois pas que les collaborateurs qui ont été cédés à l’époque à SCC, à Cheops, à D.FI et à Inéo soient aujourd’hui malheureux. Du point de vue social, on ne peut pas me reprocher de ne pas avoir fait mon travail. Depuis mon arrivée en juin 2006, sur les 2.200 collaborateurs qui travaillaient à l’époque chez Ares, seuls 180 ont perdu leur emploi, dont la moitié sont partis dès 2006 dans le cadre d’un plan social négocié avant mon arrivée et constitué presqu’exclusivement de volontaires. Sous mon mandat, il n’y a eu à ce jour que 96 suppressions de postes.

N’avez-vous pas eu tendance à brader vos derniers actifs, notamment l’activité infogrérance d’infrastructures cédée à SCC ou l’activité intégration Arcole vendue à Lefebvre Software ?


Michel Berjamin : Sur les 350 personnes qui travaillaient dans cette entité, une bonne partie étaient sur des contrats d’assistance chez les clients (notamment le ministère des affaires étrangères, le Crédit Agricole…) qui n’avaient aucune chance d’être renouvelés compte tenu de notre situation financière. De plus cette activité perdait de l’argent. Et on ne l’a pas donnée : SCC a payé 1,5 M€ et il était convenu que si les contrats menacés étaient renouvelés, nous toucherions 1,5 M€ de plus. Quant à l’activité intégration Arcole Comptabilité et Finance, on l’a même bien vendue : 1,85 M€. Une somme que nous n’avons malheureusement pas pu toucher, puisqu’elle se trouvait encore au séquestre des avocats lorsque nous nous sommes déclarés en cessation de paiements. Ce sont donc les créanciers qui l’auront.

Certains font néanmoins remarquer que la situation financière d’Ares, qui était solide au moment de votre arrivée, n’a cessé de se dégrader depuis. Assumez-vous une part de responsabilité dans la situation actuelle ?


Michel Berjamin : Relisez les analyses de l’époque et vous réviserez probablement votre jugement. A mon arrivée, la situation était déjà difficile. Certes la société faisait 450 M€ de chiffre d’affaires et affichait 30 M€ de fonds propres. Mais elle venait d’annoncer une perte de 5,6 M€, la première de son histoire, et un chiffre d’affaires en recul de 30 M€. Le DG, qui était aussi le directeur financier, estimait que pour relancer l’entreprise il fallait céder l’activité distribution et réaliser une augmentation de capital de 15 à 20 M€. Ce dont ne voulait pas entendre parler le président Maurice Bourlier qui l’a remercié. Dans le même temps, ce dernier voulait quitter l’entreprise et céder ses titres. C’est là que je suis entré en scène. Le lendemain de mon arrivée, les banquiers dénonçaient toutes les lignes de crédit court terme, soit 45 M€. Il a fallu négocier d’urgence avec un factor pour récupérer une partie du crédit et trouver des expédients pour le complément. Songez que nos auditeurs nous prédisaient une défaillance de la trésorerie dès l’été de mon arrivée. De fait, la course à la trésorerie n’a jamais cessé et m’a probablement laissé  trop peu de temps pour m’occuper des services. Le fait est que les fonds propres étaient déjà chroniquement insuffisants à mon arrivée et que les quelques points de marges que nous dégagions étaient presque entièrement engloutis dans l’affacturage.

 

Que va devenir la holding cotée Groupe Ares ? Les comptes étant consolidés, les pertes d’Ares pour l’exercice vont nécessairement remonter dans la holding qui n’a pas les fonds propres pour les absorber. A-t-elle une chance de recoter un jour ?


Michel Berjamin : Groupe Ares est toujours in bonis [c’est à dire que son actif couvre son passif exigible]. Et c’est la holding qui porte le déficit fiscal reportable. On peut imaginer que Groupe Ares ait un jour d’autres projets. Pour l’instant je ne peux pas en dire plus.