Le fabricant français de supercalculateurs Bull a signé un protocole d’accord avec Schwarz Digits, la filiale numérique du groupe Schwarz (Lidl, Kaufland). Les deux entreprises envisagent d’associer leurs technologies pour proposer une alternative européenne, des serveurs au logiciel, aux infrastructures de cloud et d’IA des hyperscalers américains.

Bull poursuit sa stratégie de développement dans l’IA souveraine. Le constructeur, passé sous le contrôle de l’État en mars dernier, vient de signer un accord préliminaire avec Schwarz Digits. L’objectif affiché est de combiner les capacités de calcul et les technologies d’IA de Bull avec la plateforme cloud STACKIT de son partenaire allemand.

Une première étape consisterait à intégrer BullSequana AI, la plateforme logicielle d’IA de Bull, à la marketplace de STACKIT. Les deux partenaires envisagent également de développer des serveurs d’IA conformes aux standards Open Compute Project, d’étendre l’intégration de SAP RISE, déjà lancée sur STACKIT depuis début novembre, et de coopérer sur de grands projets de calcul intensif, voire sur le quantique.

Pour la partie matérielle, Bull pourrait s’appuyer sur son usine d’Angers, où sont fabriqués ses supercalculateurs et ses serveurs à refroidissement liquide. Le site vient de bénéficier d’un investissement de 80 millions d’euros qui a doublé ses capacités de production. Cette montée en puissance doit permettre au constructeur d’honorer ses importantes commandes de supercalculateurs européens, dont Alice Recoque pour le CEA.

Pour Schwarz Digits, ce rapprochement s’inscrit dans une stratégie d’élargissement de son écosystème technologique. La filiale du groupe Schwarz, qui a réalisé 2,2 milliards d’euros de chiffre d’affaires en 2025, multiplie les partenariats, notamment avec Fujitsu et Atos, pour étoffer son offre cloud. Le groupe Schwarz mène par ailleurs le dernier tour de table (série E) du spécialiste canadien de l’IA Cohere.

Cette alliance, la première d’ampleur depuis la reprise de Bull par l’État auprès d’Atos, doit permettre au constructeur de valoriser son outil industriel et son expertise HPC sur le marché des infrastructures d’IA. Bull réalise environ 720 millions d’euros de chiffre d’affaires annuel et emploie 3.000 collaborateurs.

Le partenariat reste néanmoins au stade du protocole d’accord. Aucun engagement financier, volume de production ou calendrier de commercialisation n’a été communiqué. La question de l’accès au marché français reste également posée : STACKIT ne dispose pas de la qualification SecNumCloud de l’Anssi, exigée pour l’hébergement de certaines données sensibles du secteur public. Reste aussi à connaitre les modalités de commercialisation des futures offres.