La grogne contre la nouvelle politique commerciale de PC Soft prend une tournure judiciaire. Selon La Lettre, le cabinet d’avocats d’affaires international Linklaters s’apprête à engager une action collective pour le compte d’un groupe de TPE et PME, majoritairement françaises, qui dénoncent les nouvelles conditions tarifaires imposées aux utilisateurs de son atelier de développement logiciel WinDev (et ses dérivés WebDev et WinDev Mobile).
Une première réunion, organisée mardi 1er septembre, a rassemblé quelque 200 entreprises potentiellement intéressées de se joindre à cette action, rapporte La Lettre. Les avocats envisagent notamment de saisir l’Autorité de la concurrence et le tribunal des activités économiques de Marseille pour abus de position dominante et dépendance économique.
À l’origine de la fronde : le changement de contrôle de PC Soft. L’éditeur montpelliérain est passé fin 2024 sous le contrôle de Volaris Group, filiale du canadien Constellation Software, qui s’est spécialisé dans le rachat d’éditeurs de logiciels métiers opérant sur des marchés verticaux. Depuis sa création en 1995, le groupe canadien a multiplié les acquisitions de ce type à travers le monde (plus de mille, selon Next)
Des éditeurs qui se caractérisent tous par la forte captivité de leurs clientèles. Cette captivité est particulièrement prononcée dans le cas PC Soft. WinDev repose sur un langage propriétaire (le WLangage) n’existant nulle part ailleurs. Des milliers de développeurs, d’ESN, d’éditeurs de logiciels et d’organisations publiques ont accumulé depuis les années 1990 un important patrimoine applicatif développé avec Windev. Et, il n’existe pas de mécanisme permettant de convertir automatiquement ces applications vers un autre environnement. Rompre avec PC Soft implique de tout réécrire.
Une base installée devenue monétisable
C’est sur cette dépendance de la base installée qu’entendent aujourd’hui capitaliser des nouveaux actionnaires de PC Soft. Ils ont commencé par remplacer ses licences perpétuelles par des abonnements, avec à la clé une hausse du coût d’utilisation – de l’ordre de 43 % en moyenne, selon le calcul de l’association Wx Alliance, qui s’est créée pour défendre les intérêts de la communauté.
Mais ce qui a véritablement déclenché l’ire des utilisateurs, c’est la volonté de PC Soft de percevoir désormais une redevance sur chaque poste de travail faisant tourner une application développée avec ses outils. Les forums parlent de 250 à 300 € par an et par poste mais aucun tarif n’a été officiellement communiqué. Une nouvelle tarification qui pourrait représenter des dizaines, voire des centaines, de milliers d’euros de coût supplémentaire pour certains clients finaux.
Volaris a déjà appliqué une stratégie comparable de monétisation de la base installée à 4D, autre éditeur français d’un environnement de développement propriétaire que le Canadien a acquis en 2024, rappelle La Lettre. Une stratégie dont il y a tout lieu de croire qu’elle s’est avérée être le baiser de la mort pour l’éditeur, au vu de l’activité des forums utilisateurs depuis le rachat.
Fondée en 1984, PC SOFT employait 61 salariés et réalisait 12,4 millions d’euros de chiffre d’affaires en 2024, pour un résultat net de 2,7 millions d’euros.



