Après avoir fait du pilotage de la décarbonation du numérique son fonds de commerce, l’éditeur rennais Fruggr fait évoluer son positionnement en se tournant résolument vers la gouvernance de l’intelligence artificielle.

Une évolution somme toute naturelle pour cette entreprise à mission – dont la raison d’être est de promouvoir un numérique plus respectueux des personnes et de la planète. À l’heure où l’IA concentre une part croissante des usages, des coûts et donc des externalités du numérique, sa gouvernance s’impose comme une priorité, expose Frédérick Marchand, son CEO et cofondateur.

Le mouvement, engagé depuis environ dix-huit mois, s’accélère. Encore minoritaire dans les revenus, la gouvernance de l’IA concentre désormais l’essentiel des efforts de R&D, produit, marketing et commerciaux. Surtout, le pipeline d’opportunités est devenu supérieur à celui de l’activité historique.

Cette bascule intervient alors que le marché du numérique responsable donne des signes d’essoufflement. Fruggr estime recevoir environ 30 % d’appels d’offres de moins qu’un an auparavant sur cette activité et constate le report de certains projets de passage à l’échelle. À l’inverse, la transformation IA s’impose dans les comités de direction et fait émerger de nouveaux interlocuteurs, notamment des responsables de la transformation IA rattachés aux directions générales.

Du GreenOps à la maîtrise des coûts de l’IA

Fruggr capitalise largement sur les briques développées pour son activité historique. Ses connecteurs avec les fournisseurs cloud et ses outils de télémétrie servent désormais à détecter les systèmes d’IA utilisés, y compris le « Shadow AI », puis à suivre leurs usages, leurs coûts et leur adoption.

La maîtrise des dépenses constitue d’ailleurs l’une des principales portes d’entrée de l’offre. Les coûts des tokens et de l’inférence progressent rapidement à mesure que les usages se généralisent, souligne Frédérick Marchand. Pour Fruggr, optimisation financière et sobriété environnementale tendent ainsi à se rejoindre : réduire les ressources informatiques mobilisées permet d’agir simultanément sur les deux.

Pour estimer l’empreinte environnementale des systèmes d’IA, l’éditeur utilise TokenFlop, une méthodologie de modélisation ouverte issue de ses travaux de R&D. Elle exploite les données d’usage disponibles pour estimer les ressources mobilisées et leurs impacts. Fruggr a investi plus d’un million d’euros dans ses travaux de recherche sur l’empreinte de l’IA, dans le cadre d’un programme soutenu par Bpifrance i-Nov.

Gouvernance, risques et conformité

À ce socle, Fruggr a ajouté une dimension de GRC – gouvernance, risques et conformité. La plateforme constitue un registre des systèmes d’IA, évalue les risques associés et rapproche chaque usage des réglementations applicables et des politiques internes de l’entreprise.

Si l’AI Act, le règlement européen sur l’intelligence artificielle en vigueur depuis le 1er août 2024, constitue une opportunité, Fruggr ne mise pas uniquement sur la contrainte réglementaire. Au-delà des enjeux de coûts et de performance, l’éditeur estime que les exigences des clients, investisseurs et directions achats en matière de transparence de l’IA, devraient jouer un rôle déterminant. C’est notamment le sens de son initiative autour de l’« AI Disclosure », destinée à documenter les systèmes d’IA employés et les risques associés.

Ce repositionnement intervient alors que Fruggr a atteint le seuil de rentabilité en 2025. L’entreprise, qui a réalisé un peu moins de 3 millions d’euros de chiffre d’affaires en 2025, avec un effectif d’une quarantaine de personnes compte désormais sur la gouvernance de l’IA pour accélérer sa croissance. « C’est un marché qui va exploser », pronostique Frédérick Marchand, qui table un « changement de pente » de sa croissance dès 2027.