Alors que les récentes compromissions ayant touché la DGFiP et l’Éducation nationale remettent en lumière les faiblesses persistantes de l’authentification par mot de passe, Neowave estime que le marché de l’authentification forte est arrivé à un point de bascule. Le fabricant français, qui mise depuis plus de dix ans sur des solutions souveraines et fortement certifiées, devrait approcher les 2 millions d’euros de chiffre d’affaires cette année, et se prépare désormais à passer à l’échelle.
Les récentes cyberattaques contre de grandes administrations françaises pourraient bien donner un nouveau coup d’accélérateur au marché de l’authentification forte. C’est en tout cas ce que constate Neowave. Fondée il y a près de vingt ans et recentrée sur la cybersécurité depuis 2012, cette PME française d’une dizaine de personnes connaît actuellement une nette accélération de son activité.
Après avoir franchi le million d’euros de chiffre d’affaires il y a deux ans, elle devrait approcher les 2 millions d’euros cette année – soit une progression de 40 à 50 % de l’activité cette année. « Nous sommes vraiment à un point de bascule », résume son fondateur Bruno Bernard, dont la société compte aujourd’hui plus de 200 clients professionnels et plusieurs centaines de milliers d’utilisateurs de ses produits.
Trois technologies d’authentification forte
Neowave a fait le choix de se concentrer exclusivement sur l’authentification forte. Son catalogue couvre les trois grandes familles de technologies recommandées par l’Anssi : l’authentification par certificats PKI, FIDO et certains protocoles OTP. Ses produits prennent la forme de clés USB ou de cartes à puce, ces dernières pouvant également intégrer des fonctions de contrôle d’accès physique – un même badge pouvant servir à entrer dans les locaux d’une entreprise et à s’authentifier sur son poste de travail.
Le fabricant s’est notamment positionné sur FIDO2, technologie destinée à remplacer le couple identifiant-mot de passe et dont l’adoption s’accélère. Ses dispositifs ont obtenu en mai dernier la certification FIDO2 Level 2. Neowave dispose par ailleurs de produits certifiés QSCD dans le cadre de l’eIDAS (electronic IDentification, Authentication and Trust Services) – le règlement européen qui sécurise l’identification électronique et les services de confiance au sein de l’Union européenne – et s’appuie sur des composants sécurisés bénéficiant de certifications Critères communs de haut niveau.
Ces certifications représentent un investissement important mais constituent désormais un élément central de sa différenciation, notamment dans les appels d’offres publics, comme le souligne Bruno Bernard. Selon lui, les certifications européennes eIDAS ou Critères communs sont beaucoup moins courantes chez les fabricants non européens.
La souveraineté devient un avantage commercial
L’autre particularité de Neowave est de fabriquer l’ensemble de ses produits en France. Un positionnement longtemps différenciant qui devient aujourd’hui un véritable argument commercial dans un contexte de tensions géopolitiques et de recherche accrue de souveraineté numérique, poursuit Bruno Bernard, qui estime que Neowave est devenu « un acteur identifié et référent sur le marché ».
Les piratages récents des administrations françaises viennent renforcer ce mouvement. Bruno Bernard indique être actuellement en discussion avec l’une des deux administrations récemment touchées qui souhaite « relever son niveau de sécurité et mettre en place des mécanismes d’authentification forte ».
S’il reconnaît que ces dispositifs sont encore loin d’être généralisés dans les organisations, le dirigeant estime que la multiplication des cyberattaques, les tensions internationales, la volonté de réduire la dépendance technologique et la pression réglementaire, en particulier NIS2, poussent les grands donneurs d’ordre à renforcer leurs dispositifs de sécurité. Et lorsqu’une solution est à la fois « souveraine et certifiée », elle bénéficie d’un avantage supplémentaire, estime-t-il. D’où le sentiment « [d’être] là au bon moment avec les bons produits ».
Plusieurs projets structurants
En atteste la signature de plusieurs contrats majeurs. Alors que le programme HospiConnect pousse les établissements hospitaliers à renforcer la sécurité de leurs accès numériques, la société vient ainsi d’être référencée par l’Agence du numérique en santé pour fournir des dispositifs FIDO utilisables avec Pro Santé Connect. Elle est, selon Bruno Bernard, le premier fabricant français référencé comme fournisseur de ces dispositifs.
Autre contrat emblématique : la Gendarmerie nationale doit commencer à déployer à partir de la fin de l’année un nouveau lecteur de cartes à puce développé par Neowave. Plusieurs milliers d’unités doivent être livrées dès cette année et le contrat pourrait représenter plusieurs dizaines de milliers de produits sur trois ans.
La société privilégie un modèle indirect : elle travaille avec plusieurs grands acteurs de la cybersécurité, tels Evidian, Orange Cyberdefense ou Wavestone. Elle fournit les équipements tandis que les intégrateurs prennent en charge leur déploiement et leur enrôlement chez les clients. Ses solutions sont disponibles via le grossiste à valeur ajouté Hermitage Solutions et accessibles au secteur public via l’Ugap au travers du marché des périphériques informatique détendu par Office Express (une filiale de UFP International).
Tous les ingrédients pour passer à l’échelle
La principale question est désormais celle du changement de dimension. « La techno est là, les marchés sont là. Tous les ingrédients nous paraissent réunis pour passer à l’échelle », estime son Bruno Bernard, qui constate une forte augmentation des demandes entrantes, du nombre de prospects et des nouveaux clients.
Dans ce contexte, le fabricant envisage de renforcer son financement dans les prochains mois. Jusqu’ici, Neowave s’est développé grâce à plusieurs petites levées auprès de fonds régionaux et de business angels, sans avoir jamais été fortement capitalisé, explique le dirigeant. Une limite au moment où le marché commence à changer d’échelle. Cela doit permettre à Neowave d’augmenter ses capacités de production, d’accepter des commandes plus importantes et de recruter.