Selon le Financial Times, Microsoft étudie sérieusement l’opportunité d’engager une action en justice contre OpenAI et Amazon Web Services. À l’origine du différend : l’accord conclu le mois dernier entre les deux acteurs, qui fait d’AWS le distributeur cloud tiers exclusif de Frontier, la nouvelle plateforme d’entreprise d’OpenAI pour les agents autonomes.

Le point de friction porte sur les conditions d’accès aux modèles d’OpenAI. Microsoft estime que son partenariat avec l’éditeur impose qu’ils soient accessibles via Azure. De leur côté, OpenAI et Microsoft ont récemment rappelé dans une déclaration commune qu’Azure restait le fournisseur cloud exclusif des API OpenAI dites « stateless », c’est-à-dire des interfaces sans mémoire d’état. Toute la bataille se joue désormais dans l’interprétation de cette clause.

OpenAI et AWS chercheraient en effet à s’appuyer sur une architecture différente, reposant sur un « stateful runtime environment » développé avec AWS Bedrock. L’objectif serait de permettre à des agents d’IA de conserver mémoire, contexte et identité dans la durée, notamment pour interagir de façon persistante avec les données d’entreprise. Pour OpenAI, ce type d’environnement ne relèverait pas du périmètre couvert par l’exclusivité d’Azure sur les API stateless. Microsoft conteste cette lecture et considère qu’un tel dispositif continuerait, en pratique, à s’appuyer sur des appels API qui devraient transiter par son cloud.

Les dirigeants de Microsoft jugeraient cette approche irréalisable et qu’elle violerait l’esprit, sinon la lettre, de leur accord. Les discussions se poursuivraient entre les parties afin d’éviter un contentieux avant le lancement de Frontier. Mais en interne, le ton serait déjà monté. « Nous connaissons notre contrat. Nous les poursuivrons en justice s’ils le violent », a déclaré au Financial Times une source proche de Microsoft.

Au-delà du litige, ce dossier traduit le basculement d’OpenAI vers une stratégie multi-cloud qui remet en cause l’équilibre initial de son alliance avec Microsoft. L’accord avec AWS ouvre une brèche sur le terrain stratégique des agents d’entreprise que Microsoft semble bien décidé à contrer pour préserver les droits issus de son partenariat historique. Avec à la clé, un bras de fer pour maintenir aussi longtemps que possible le contrôle sur les API d’OpenAI.