Installé dans son centre de données du Futuroscope près de Poitiers, l’hébergeur Datacampus a doublé son chiffre d’affaires et plus que doublé ses résultats depuis sa séparation il y a quatre ans du Niortais Marcireau, dont il a longtemps été la filiale hébergement Internet. Désormais indépendante mais toujours pilotée par Pierre Pluviaud (à gauche sur la photo), l’arrière-petit-fils du fondateur de Marcireau – entreprise de mécanographie créée en 1938 reconvertie depuis dans l’IT et le mobilier de bureau –, Datacampus a facturé 1,8 M€ en 2025 (+11 % par rapport à 2024), signant une cinquième année consécutive de croissance à deux chiffres. Un chiffre réalisé avec un effectif de seulement 7 personnes.

Ce succès repose pour une part importante sur son positionnement atypique d’hébergeur responsable maîtrisant sa chaîne de production de bout en bout. Entreprise à mission depuis 2024 – avec comme raison d’être de : « repenser, développer et proposer des solutions d’hébergement de données plus respectueuses de l’environnement » –, Datacampus possède en effet l’ensemble de ses moyens de production : terrain, bâtiment, serveurs, équipements, groupes électrogènes…

L’entreprise a aussi fait le choix de s’appuyer exclusivement sur des environnements open source, ce qui lui permet de minimiser ses dépendances technologiques et de revendiquer le statut d’acteur souverain. L’hébergeur compte parmi les promoteurs historiques des environnement virtuels basés sur Proxmox et est impliqué dans de nombreux projets de migration de VMware vers Proxmox.

Dans le cadre de son engagement RSE, Datacampus s’est ainsi très tôt intéressé à l’optimisation de sa performance énergétique. L’hébergeur s’est tourné pour cela vers le refroidissement des serveurs par immersion. Il a investi dès 2021 dans un bain (un « Pod ») Submer qui lui a permis de réduire de 90 % la consommation d’énergie qu’il consacre au refroidissement de ses serveurs. Si l’immersion ne concerne encore que 20 % de sa capacité d’hébergement, l’entreprise prévoit de s’équiper prochainement de nouvelles capacités de refroidissement par immersion.

La maîtrise de la consommation énergétique, c’est aussi ce qui a motivé l’un de ses projets emblématiques de 2025 : la création d’Energy Agent, un outil de mesure de la consommation des serveurs de ses clients, applicatif par applicatif. Un outil qui lui a permis de détecter des serveurs mal paramétrés chez ses clients, trahis par leur consommation excessive.

Cet engagement RSE et sa maîtrise de sa chaîne de production sont rapidement apparus comme des marqueurs forts de Datacampus qui lui ont permis d’emporter l’adhésion de clients tels que l’ADEME, soucieux d’apparaître à la pointe de la performance énergétique et de bénéficier d’un accompagnement sur mesure.

Pour l’année 2026, Datacampus anticipe de nouveau une croissance a minima supérieure à 10 %. Son ambition étant encore de doubler ses revenus d’ici à trois ans. Toutefois, l’entreprise devra en partie se réinventer pour compenser les conséquences de la diffusion de l’IA dans l’économie et de la flambée des prix du hardware, deux tendances qui viennent directement percuter son modèle économique.

En effet, l’IA remet profondément en question le processus de création des agences web, qui sont l’un de ses grands pourvoyeurs d’affaires. L’hébergeur travaille avec un réseau d’une vingtaine d’agences qui contribuent pour environ 25 % à son activité. Là où il fallait auparavant toute une équipe et une stack technique spécifique pour générer des sites Internet, un développeur seul peut désormais générer un site en quelques heures avec l’IA. « À nous d’inventer les outils qui feront que les créateurs de sites pousseront leur production sur nos serveurs plutôt que sur ceux de Vercel ou Google », expose Pierre Pluviaud. Un défi qui implique pour l’hébergeur de refondre en grande partie sa pile logicielle.

Quant à l’inflation qui a saisi le marché des serveurs, elle impacte directement ses coûts et donc ses tarifs, l’obligeant à concevoir de nouvelles offres pour juguler le ralentissement de la demande que cette hausse des prix ne manquera pas d’entraîner. Pierre Pluviaud pense notamment renforcer ses services d’infogérance, en particulier sur les aspects sécurité, reporting et gouvernance/mise en conformité.