Un rapport parlementaire sur la souffrance au travail en France a été enterré par une majorité du Sénat le 8 juillet dernier, après cinq mois de travaux. Le document s’intitulait « Quand le travail consume : l’urgence de lutter contre l’épuisement professionnel » et formulait 39 recommandations pour mieux protéger la santé mentale des salarié·e·s et des dirigeant·e·s. Suite à cette décision sénatoriale passée relativement inaperçue durant l’été, le cabinet Santé du Dirigeant a lancé une enquête à la rentrée auprès de plus de 2.800 salarié·e·s et de plus de 1.100 dirigeant·e·s en France. Il en ressort que l’épuisement est un tabou que les Français·e·s préfèrent cacher. 68% des salarié·e·s n’osent pas en parler ouvertement et près d’un·e dirigeant·e·sur deux (49%) dissimulerait un burn-out, comme si diriger interdisait d’avouer que l’on peut flancher.

19% des membres de directions avouent n’avoir personne à qui parler en cas de détresse psychologique, soit plus du double des salarié·e·s (8%). Le soutien leur est d’abord apporté par la sphère privée (58%), puis le médecin traitant (47%), rarement par la médecine du travail (12%). Près de 8 dirigeant·e·s sur 10 ignorent pouvoir être suivi·e·s par la médecine du travail.

Un tiers des salariés (34%) du panel considère que leur entreprise ne fait rien contre l’épuisement professionnel. Seules 6% des directions partagent cet avis. 

Quand les entreprises interviennent, 28% des salarié·e·s les voient d’abord agir sur les individus en proposant des ateliers de bien-être, de la méditation ou du soutien psy. Autrement dit, le message passé par l’entreprise est d’apprendre à mieux encaisser qu’à soulager la pression.

Or, selon 45% des personnes interrogées, c’est la charge, l’organisation, le management et les moyens de travail qu’il faut réformer en priorité pour faire reculer l’épuisement, loin devant l’accompagnement des personnes (15%). L’ensemble du panel s’accorde à dire que c’est le travail qu’il faut réparer : 84% des salarié·e·s et 83% des dirigeant·e·s veulent agir sur l’organisation du travail, au moins autant que sur les personnes. Pour les deux populations interrogées, c’est la condition sine qua non pour prévenir durablement l’épuisement.

« Depuis des années, on demande aux personnes de mieux gérer leur stress, de devenir plus résilientes, de méditer ou d’apprendre à tenir davantage. Mais si l’organisation du travail reste pathogène, jusqu’où peut-on demander aux individus de s’adapter ? C’est toute la question : faut-il soigner les gens ou soigner le travail ? Et cette interrogation ne concerne pas seulement les salariés, car la souffrance au travail ne s’arrête pas à la fiche de paie. Un dirigeant peut lui aussi s’épuiser, s’isoler et craquer, parfois avec encore moins de possibilités de l’avouer ou de s’arrêter », commente Noémie Guerrin, la fondatrice du cabinet Santé du Dirigeant, dans un communiqué. « Nous devons sortir d’une vision où la santé mentale serait uniquement une affaire individuelle pour agir aussi sur ce qui, dans le travail lui-même, produit de la souffrance. »

L’étude révèle également que près de 6 salarié·e·s sur 10 (62%) croient à tort que le burn-out est une maladie professionnelle reconnue. Les dirigeant·e·s sont mieux informé·e·s que leurs équipes : 39% savent qu’il n’est pas reconnu en France. Fortes de cette information, 87% des équipes de salarié·e·s et 76% des directions voudraient que le burn-out soit reconnu comme une maladie professionnelle. En revanche, les directions sont cinq fois plus nombreuses que leurs équipes à craindre une augmentation d’abus et de fraude (15% contre 3%).

Si les salarié·e·s cachent leur épuisement, c’est d’abord par peur d’être licencié·e·s (45%) et par crainte de passer pour fragiles ou incompétent·e·s (41%). Chez les dirigeant·e·s, la survie du poste passe au second plan mais la peur de ternir son image professionnelle reste une obsession pour 48% des personnes interrogées.

Tandis qu’un·e salarié·e· sur quatre déclare que tout continuerait en son absence, 60% des dirigeant·e·s s’estiment incapables de s’arrêter une semaine sans mettre leur activité en danger : 37% pensent que personne ne pourrait les remplacer et 23% que leur entreprise ou leurs revenus seraient menacés.

Méthodologie

L’enquête a été réalisée en ligne par BuzzPress pour le cabinet Santé du Dirigeant, du 28 août au 4 septembre 2026, auprès de 3.916 personnes : 2 801 salarié·e·s, échantillon représentatif constitué selon la méthode des quotas (sexe, âge, catégorie socioprofessionnelle, région, secteur, taille d’entreprise) et redressé sur les données de l’Insee pour refléter la population salariée française ; 1.115 dirigeant·e·s stratifié·e·s par fonction et contrôlé·e·s sur le sexe, l’âge, le secteur, la région et la taille d’organisation.